La biomasse est un atout national et une ressource fondamentale pour la transition écologique et notre souveraineté. Elle se situe au carrefour des enjeux agricoles, forestiers, énergétiques et industriels. Sa production et son usage sont cependant soumises à certaines contraintes : une production limitée par les surfaces disponibles et la nécessité de maintenir les écosystèmes dont elle est issue, et un équilibre à assurer entre ressources disponibles et usages envisagés (« bouclage biomasse »). Face à ce constat, l’ADEME, agissant au nom du Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS) « Biomasse » créé en 2024, met à disposition un socle de données consolidé, partagé et accessible à tous. Cette première édition des « Chiffres clés biomasse 2025 » présente ainsi les éléments les plus factuels et les plus actualisés sur les ressources et les usages actuels de la biomasse. Ces chiffres ont vocation à être actualisés chaque année pour objectiver les évolutions des ressources en biomasse, éclairer les débats sur la répartition des usages de la biomasse et contribuer à l’élaboration de futures politiques publiques ciblées.

De quoi parle-t-on ?

La biomasse est la fraction biodégradable des produits, des déchets et des résidus d’origine biologique de l’agriculture (y compris l’élevage), de la sylviculture, de la pêche, de l’aquaculture et des industries connexes, ainsi que de la fraction biodégradable des déchets.

Dans cette approche, l’origine de la biomasse est toujours végétale et les élevages sont considérés comme une étape de transformation. Elle inclut donc l’ensemble des matières d’origine biologique, à l’exclusion des matières fossilisées comme le pétrole ou le charbon.

La biomasse, des ressources multiples avec un impératif d’usage raisonné préservant les écosystèmes

La biomasse est une ressource clé de la transition écologique. Elle est issue d’écosystèmes divers qui doivent être préservés dans le temps. La France produit actuellement 309 millions de tonnes de matière sèche (Mt MS/an) de biomasse primaire (non transformée). Celle-ci est en très grande majorité (82 %) d’origine agricole et, dans une moindre mesure, forestière et bocagère (13 %) ou sous forme de déchets (4 %). De plus, la France importe chaque année 5 Mt MS/an de biomasses primaires.

La plus grande partie de la biomasse (82 %) utilisée en France provient du secteur agricole. L’analyse révèle que ces ressources primaires agricoles (255 Mt MS/an) sont principalement constituées de fourrages, de résidus de culture (cannes, tiges, pailles…) et de produits des grandes cultures (céréales, oléo-protéagineux, betteraves…). L’élevage et les industries transforment près de la moitié des ressources primaires (respectivement 109 et 44 Mt MS/an) pour générer des produits et coproduits très divers (respectivement 33 et 47 Mt MS/an) pour répondre à différents usages. L’autre moitié des ressources primaires agricoles est directement mobilisée pour satisfaire une diversité de besoins.

Pour le secteur forestier, l’étude montre que les prélèvements bruts atteignent 38 Mt MS/an (pour une production biologique des forêts de 66 Mt MS/an). La récolte commercialisée représente 20 Mt MS/an, principalement destinée à la production de matériaux (bois d’œuvre à 44 %) et à l’énergie. Les prélèvements bruts de biomasse bocagère, estimés à environ 3 Mt MS/an, sont valorisés en énergie par les ménages, agriculteurs et chaufferies collectives.

En ce qui concerne les déchets issus de la biomasse, le gisement total s’élève à 14 Mt MS/an. Plus de la moitié est constituée de déchets bois (7 Mt MS/an) qui sont valorisés en recyclage et en énergie, avec 28 % de volumes exportés. Les biodéchets représentent 3 Mt MS/an mais sont encore largement sous-valorisés : seuls 10 % de ceux issus des ménages, de la restauration et de la grande distribution sont méthanisés ou compostés. Les déchets verts collectés (3 Mt MS/an) sont principalement destinés au compostage.

Des usages divers de la biomasse, du retour au sol à la couverture d’une part de nos besoins énergétiques

Les ressources en biomasse sont en très grande majorité mobilisées pour satisfaire des usages contraints : l’alimentation et le retour au sol. Par ailleurs, l’énergie reste un usage final conséquent. Les 3 autres usages sont les exportations, les matériaux biosourcés et la chimie biosourcée.

Le poste le plus important, toutes biomasses confondues, est celui du retour au sol qui comprend la valorisation de la litière animale, des effluents d’élevage, du paillage, des menus-bois et des pertes d’exploitation. Il valorise 133 Mt MS/an et représente 53 % des usages finaux. Ces flux sont essentiels au maintien de la qualité et de la fertilité des sols en favorisant leur activité biologique et en préservant les stocks de carbone.

Les ressources dédiées à un usage énergétique s’élèvent à 38 Mt MS/an et représentent le deuxième usage le plus important, soit 16 % des utilisations. L’énergie issue de ces ressources couvre 10 % des besoins énergétiques de la France et est principalement utilisée pour générer de la chaleur, résidentielle et industrielle.

Les exportations de biomasses primaires s’élèvent à 33 Mt MS/an et sont principalement composées de produits agricoles, notamment les céréales. L’alimentation, représentant 24 Mt MS/an (10 % des usages finaux), est un usage prioritaire dans la hiérarchie des usages. Elle est au cœur des enjeux de souveraineté alimentaire. Les matériaux biosourcés mobilisent 9 Mt MS/an (hors exportations), en majorité constituées de bois ou de produits de la transformation du bois. Enfin, la chimie biosourcée est un usage minoritaire, avec moins de 1 Mt MS/an. Sa proportion est soumise à évolution au vu du fort potentiel de développement et d’innovation de la filière.

Un « bouclage biomasse » au cœur de la stratégie climatique de la France

L’atteinte de la neutralité carbone en 2050 passe par une stratégie de décarbonation du système énergétique. Ce dernier doit passer en 25 ans de la situation actuelle, reposant sur 60 % d’énergies fossiles importées, à un mix énergétique basé essentiellement sur l’électricité et la biomasse. L’évolution entre les ressources et les usages de la biomasse à l’avenir est donc clé.

L’état des lieux de l’équilibre entre ressources et usages actuels en France est une étape indispensable pour imaginer le monde de demain dans lequel cet équilibre sera amené à évoluer (avec, par exemple, la prise en compte des effets du changement climatique sur la mortalité des forêts ou les disponibilités en eau pour l’agriculture, ou encore l’augmentation des besoins pour la méthanisation…). Tout développement d’un nouvel usage doit s’intégrer dans cet équilibre, principalement par réaffectation entre usages ou augmentation de certains prélèvements, tout en prenant en compte les spécificités de chaque type de biomasse.

« La biomasse, c’est ce que la nature nous offre pour produire de l’énergie et des matériaux plus durables. Elle est au cœur de la transition écologique. Mais pour l’utiliser de manière responsable, nous devons mieux connaître cette ressource, savoir ce qu’elle peut vraiment nous apporter et jusqu’où nous pouvons aller. C’est tout le travail du GIS Biomasse et du rapport publié aujourd’hui : mettre la science au service de l’action et construire ensemble un avenir plus durable en France. »

Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature de France.

« Pour notre agriculture, la biomasse est une ressource stratégique : elle est au cœur de notre souveraineté alimentaire et de nos ambitions de décarbonation. Ce travail fournit un socle commun pour éclairer nos choix collectifs et renforcer la cohérence de l’action publique. »

Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire.

Méthodologie de l’étude

L’approche s’appuie sur une consolidation de nombreuses bases de données existantes et une revue bibliographique approfondie. Plus de 60 000 lignes de données ont été harmonisées pour constituer un socle de connaissances commun.

L’étude adopte une approche systémique qui permet de visualiser l’ensemble des flux de biomasse, depuis les ressources primaires jusqu’aux usages finaux, en passant par les transformations intermédiaires.

Cette méthodologie permet d’aborder la question essentielle du « bouclage biomasse » c’est-à-dire l’équilibre entre les ressources durablement disponibles et les valorisations envisagées.

Le GIS Biomasse

Créé en 2024, le Groupement d’Intérêt Scientifique (GIS) Biomasse concrétise la volonté conjointe de l’ADEME, de FranceAgriMer, de l’IGN et d’INRAE d’un portage collectif des réflexions et des travaux sur la biomasse.

Il s’agit d’une instance d’expertise scientifique et technique qui consolide les connaissances de référence sur la biomasse, améliore les outils de suivi des ressources et des usages, analyse les travaux prospectifs existants, élabore des cadres méthodologiques.

Ces travaux lui permettent de jouer un rôle d’appui méthodologique auprès des ministères et des services déconcentrés de l’État (DREAL, DRAAF, DREETS…), dans le cadre d’un programme de travail validé avec ces interlocuteurs.

Le GIS Biomasse contribue ainsi à l’essor d’une vision systémique des ressources et de leurs usages.

Travaux et publications à venir courant 2026

Ils porteront sur un soutien aux acteurs régionaux (dont les cellules biomasse) par la co-construction et la mise à disposition de guides méthodologiques. Et ce, pour leur travail d’évaluation des plans d’approvisionnement des projets mobilisant de la biomasse, de suivi des installations dans leurs régions, et plus largement de collecte de données (via des observatoires régionaux notamment) sur les flux de biomasse.

Mais également sur l’amélioration des outils nationaux de quantification des ressources en biomasse disponibles actuellement et de manière prospective. Une synthèse et analyse des études prospectives sur la biomasse (France et Europe) actuellement publiées.

Enfin, la mise en ligne d’un portail web sur la biomasse (gis-biomasse.fr) pour rassembler les études, rapports et outils existants, et contribuer à la meilleure diffusion de l’expertise publique sur cette thématique.

Annexe 1 – Cartographie des flux actuels de la biomasse en Mt MS/an

Note de lecture : ce diagramme illustre la dimension systémique des flux de biomasses, et notamment l’interdépendance des filières. Les pertes sont liées aux rendements des étapes de transformation (par exemple, pour celui des animaux ou de l’industrie). L’unité choisie (tonnes de matière sèche) ne prend pas en compte le contenu en eau, notamment dans le cas de l’alimentation humaine.