Les enseignements

L'élaboration des 4 scénarios permettant d’atteindre la neutralité carbone de la France en 2050, met en lumière 9 grands enseignements transverses.

  1. Chaque scénario présenté est doté de sa propre cohérence interne. Mais tous sont difficiles et nécessitent que les orientations collectives soient discutées et décidées rapidement pour accélérer la transition. Quelle que soit la voie choisie, il faut veiller à la cohérence d’ensemble des choix réalisés, grâce à une planification orchestrée des transformations, associant État, territoires, acteurs économiques et citoyens.
  2. Atteindre la neutralité repose sur des paris humains ou technologiques forts dans tous les cas mais qui diffèrent selon les scénarios : régulation de la demande, changement de comportement, déploiement de technologies dans tous les secteurs… Ces hypothèses de ruptures sont des conditions de réalisation des scénarios.
  3. Pour tous les scénarios, il est impératif d’agir rapidement : l’ampleur des transformations socio-techniques à mener est telle que ces dernières mettront du temps à produire leurs effets. Il faut entreprendre dès cette décennie la planification et la transformation profonde des modes de consommation, de l’aménagement du territoire, des technologies et des investissements productifs.
  4. La réduction de la demande d’énergie est le facteur clé pour atteindre la neutralité carbone. Cela nécessite une modification radicale des usages et des techniques de l’habitat, des mobilités ainsi qu’une adaptation profonde du système productif agricole et industriel. Cela nécessite de transformer les imaginaires et les pratiques de consommation pour engager un cercle vertueux de sobriété.
  5. L’industrie va devoir se transformer non seulement pour s’adapter à une demande en profonde mutation (baisse des volumes produits, exigences de durabilité…) mais également pour décarboner sa production. Cela nécessitera des plans d’investissements de grande ampleur. Une compréhension et construction de ces transformations par l’ensemble de la société (citoyens, salariés) sera primordiale pour fédérer autour de cette « nouvelle révolution industrielle bas carbone ».
  6. Le vivant est l’un des atouts principaux de cette transition. Outre la valeur propre des écosystèmes pour la préservation de la biodiversité et les autres fonctions écologiques et d’aménagement du territoire, sa contribution à la décarbonation de la France repose sur trois leviers spécifiques et interdépendants : le potentiel de réduction des GES, le potentiel de stockage naturel de carbone et le potentiel de mobilisation de biomasse renouvelable substituable aux ressources fossiles.
  7. L’adaptation des forêts et de l’agriculture devient absolument prioritaire pour lutter contre le changement climatique. Tous les scénarios montrent le rôle primordial de la préservation des puits de carbone et de la capacité à produire de la biomasse en 2050. Au-delà de l’intérêt de protéger les écosystèmes pour leur valeur propre, renforcer leur résilience est donc un enjeu absolument prioritaire de la lutte contre le changement climatique, notamment pour préserver les stocks de carbone et les capacités de production de biomasse.
  8. La pression sur les ressources naturelles est très différente d’un scénario à l’autre. C’est particulièrement le cas pour l’eau d’irrigation ou les matériaux de construction, dont les volumes consommés varient d’un facteur 2 entre le scénario le moins consommateur et le plus consommateur. Par ailleurs, le recyclage ne pouvant pas combler le déficit de matière, il est nécessaire d’économiser la matière le plus possible.
  9. Dans tous les scénarios étudiés, l’approvisionnement énergétique repose à plus de 70 % sur les énergies renouvelables en 2050. L’électricité est, dans tous les cas, le vecteur énergétique principal, mais sa production décarbonée ne peut pas être un prétexte à son gaspillage, afin de limiter la pression sur les ressources.