L’ADEME publie une évaluation indépendante de près de 20 ans de soutien à la filière hydrogène. Entre 2005 et 2023, plus de 500 projets, de la recherche à l’expérimentation en passant par les démonstrateurs, ont été soutenus par l’ADEME pour le compte de l’État. Ce bilan met en lumière le rôle de l’ADEME dans la structuration progressive d’une filière stratégique pour la transition énergétique.

Près de 20 ans de soutien, de la R&D au déploiement expérimental

Menée par des cabinets indépendants et spécialisés en évaluation des politiques publiques, Galliléo Consulting et Frontier Economics, cette évaluation porte une analyse sur ce qu’a été le soutien de l’ADEME au développement des technologies hydrogène sur près de 20 ans (2005-2023). Sur toute cette période, la constance du soutien apporté par l’Agence a permis d’accompagner la montée en maturité de la filière en passant du soutien à l’innovation, aux démonstrateurs, puis au déploiement expérimental. Mais tout en participant à la structuration de la filière, et à l’amélioration des connaissances. Ce soutien public concerne plus de 500 projets, études ou actions soutenues.  

L’ADEME rend ainsi public un bilan élargi de son action, enrichi des premiers résultats quantitatifs, qui permet notamment de prendre du recul sur deux grandes périodes : 

  • Sur la période 2005-2017, l’ADEME a essentiellement soutenu des projets de R&D, permettant de lever les verrous technologiques pour la production d’hydrogène, mais également ses usages dans la mobilité, puis dans l’industrie en fin de période. Au total, 133 projets de R&D ont été soutenus.
  • À partir de 2017, en lien avec les stratégies de l’État sur l’hydrogène, l’ADEME a accompagné le déploiement expérimental des écosystèmes territoriaux H2, permettant le déploiement des solutions hydrogène les plus matures, comme l’électrolyse et les piles à combustible, avec 46 électrolyseurs, 89 stations et plus de 2200 véhicules financés. Les différents appels à projets ont permis notamment d’accompagner la montée en puissance de la taille des électrolyseurs (de 1 MW à 4 MW) tout en améliorant l’efficience des aides versées de plus de 240 €/tCO₂ en 2019 à 100 €/tCO₂ évitées en 2023.

Cette évaluation témoigne de la nécessité de poursuivre l’amorçage des applications dans les domaines industriels et de la mobilité lourde et intensive. L’introduction de ces technologies de rupture sur leurs marchés respectifs ne pouvant s’inscrire que dans un temps long.

Cette publication, nourrie par les recommandations des évaluateurs, permet d’identifier plusieurs priorités pour structurer la filière et accompagner son développement dans les années à venir. Les orientations proposées s’articulent autour de quatre grands axes :

  • Pérenniser le soutien à l’innovation : en maintenant un appui aux technologies émergentes et aux démonstrateurs, dans une logique ouverte et neutre vis-à-vis de futurs modèles de déploiement.
  • Accompagner les usages en phase d’amorçage : en poursuivant le suivi des premiers écosystèmes expérimentaux et en soutenant l’émergence d’électrolyseurs de grande capacité (plusieurs dizaines, voire centaines de MW), notamment pour les usages industriels, afin d’identifier les conditions de viabilité et de généralisation des projets.
  • Renforcer l’expertise et se projeter : par la production régulière d’études technico-économiques et d’analyses prospectives, diffusées auprès des acteurs économiques, des collectivités et de l’État, pour éclairer les choix stratégiques et les orientations des politiques publiques.
  • Contribuer à la structuration de la filière : à l’échelle nationale comme territoriale, notamment via les directions régionales de l’ADEME, qui assurent un accompagnement de proximité (financement d’événements locaux, d’études d’opportunité ou de faisabilité, financement de projets…).

Les dispositifs de soutien actuels pour poursuivre cette dynamique

En déclinaison de la Stratégie Nationale Hydrogène portée par le Gouvernement et récemment révisée (Actualité énergie – Le Gouvernement actualise la Stratégie nationale de l’hydrogène décarboné), l’ADEME opère actuellement plusieurs dispositifs de soutien aux acteurs :

  • Le mécanisme de soutien à la production d’hydrogène, destiné à soutenir plusieurs installations de production d’hydrogène bas carbone ou renouvelable, par électrolyse, pour des usages industriels. L’appel d’offres, portant sur une première tranche de 200 MW, est actuellement clos et les candidatures en cours d’analyse.
  • L’appel à projets Innovation et Démonstration Hydrogène (AAP ID H2), actuellement ouvert, dans le cadre de France 2030, donne de la visibilité aux acteurs souhaitant innover, avec plusieurs dates de relève sur 2025 et 2026 : Appel à projets – Innovation et démonstration hydrogène.
  • L’appel à projets Véhicules utilitaires légers H₂, (clos le 27 juin 2025), à destination des flottes de véhicules professionnelles pour le transport de marchandises ou de personnes (Appel à projets – Véhicules utilitaires légers à hydrogène – VUL H₂).

L’expertise pour éclairer les décisions, un autre axe important de l’action de l’ADEME

L’évaluation menée objective également l’importance des apports en expertise de l’ADEME pour qualifier les impacts de la filière, objectiver ses coûts ou encore proposer des trajectoires prospectives. L’ADEME poursuit ses travaux d’expertise en publiant aujourd’hui :

  • Une estimation des ressources (métaux, eau, sols) qu’il serait nécessaire de mobiliser pour déployer la filière hydrogène à horizon 2050. Cette analyse prospective met en lumière la dépendance de celle-ci aux platinoïdes, métaux critiques stratégiques qui entrent dans la fabrication de certains types d’électrolyseurs (platine, iridium) et des piles à combustible équipant les véhicules (platine). Au regard de l’émergence de la filière, l’anticipation des enjeux de recyclage, d’éco-conception et de diversité technologique sont à intégrer dès à présent pour garantir la soutenabilité de cette filière à terme. Ces thèmes sont bien identifiés dans l’appel à projets AAP ID H2 précédemment évoqué en vue de soutenir des innovations dans ces domaines.
  • Une analyse économique prospective portant sur le coût de l’hydrogène pour l’industrie, pour les secteurs de la chimie et du raffinage en particulier. Il s’agit d’analyser le différentiel économique entre 2 voies de production d’hydrogène décarboné, la production d’hydrogène par électrolyse et celle par vaporeformage de gaz naturel fossile complété par du CCS, et son évolution prospective entre 2025 et 2050. Si la production par électrolyse apparaît plus chère les premières années, elle devient progressivement plus compétitive et moins risquée que de recourir au captage et stockage de CO₂ (nécessairement adossé au procédé basé sur le gaz naturel fossile). Renforçant ainsi la pertinence du développement de la filière électrolytique française, conformément aux orientations de la Stratégie Nationale Hydrogène révisée de mai 2025.

ZOOM : soutien de l’ADEME à la filière hydrogène en région AURA

Les aides attribuées à des entités et projets localisés en région Auvergne-Rhône Alpes s’élèvent sur la période à 57 M€, plaçant la région comme deuxième région bénéficiaire du soutien de l’ADEME à la thématique hydrogène, après la région Île-de-France.
Parmi les projets emblématiques et structurants, le projet Zero Emission Valley a été lauréat à deux reprises des appels à projets de l’ADEME, pour un montant d’aide de 24,5 M€. Permettant le déploiement d’une quinzaine de stations-service dans le territoire ainsi que l’amorçage des usages dans le domaine de la mobilité lourde (plus de 80 bus, cars, bennes à ordures ménagères). L’expérimentation des trois rames TER à hydrogène qui seront livrées à la région Auvergne-Rhône-Alpes en 2026, a également bénéficié d’une aide de 10 M€ dans le cadre du Programme d’investissements d’avenir. Désormais intégré à France 2030, et opéré par l’ADEME.
Le tissu d’acteurs régionaux, constitué de centres de recherche, de PME et d’industriels impliqués, a par ailleurs été soutenu dans le cadre des projets d’innovation et de démonstrateurs. Dont les projets H2BOOST (Iveco), H2D2 (GCK), LOGISTIC H2 (Gaussin), PL H2 (Renault Trucks), MOBHYL et DUALITHY (Atawey).
De manière indirecte, le développement industriel des acteurs de la région Auvergne-Rhône Alpes – comme Symbio (piles à combustible), McPhy (électrolyseurs), HRS (stations-service) – a été possible par le soutien de l’ADEME à des écosystèmes hydrogène sur l’ensemble du territoire national.