L'ADEME

Production de connaissances et développement de solutions - Évaluation des expositions et des impacts sur le vivant

Mis à jour le 18/11/2019

Sur la période 2010-2016, 84 projets ou thèses ont été sélectionnés, suivis scientifiquement et financés dans le cadre d’appels à projets dédiés.

Déterminer les atteintes environnementales et/ou sanitaires liées à la pollution d’un site est difficile. C’est pourquoi les travaux visent à améliorer la caractérisation des expositions des êtres vivants. Le rapprochement des approches sanitaire et environnementale reste cependant peu pratiqué. Les projets TROPE et TROPHé constituent une amorce à ce travail sur les polychlorobiphényles (PCB) et les dioxines/furanes chlorées (PCDD/F).
Entretien avec Karen Perronnet de l’Ineris et Benjamin Pauget, responsable R&D chez Tesora.
 

Pourquoi ces projets ?

Karen Perronnet : En collaboration avec le projet TROPE, le projet TROPHé visait l’identification des étapes et outils communs susceptibles d’être mis en œuvre dans les Évaluations de risques sanitaires (ERS) et écosystèmes (éRé). Pour améliorer les données d’entrée des modèles, il s’est intéressé à la bioaccumulation des PCB et des PCDD/F dans des légumes et vers de compost sur le même site atelier que le projet TROPE.

Benjamin Pauget : Le projet TROPE visait à évaluer les risques environnementaux liés à la présence d’un cocktail de Polluants organiques oersistants (POPs) dans les sols. Ce projet avait pour objectif d’évaluer d’une part, la bioaccumulation, et d’autre part les effets (éco) toxiques de ces polluants sur les escargots en laboratoire et in situ pour une meilleure prise en compte de ces mécanismes dans les évaluations des risques pour les écosystèmes.
 

Quels sont les principaux résultats de ces projets ?

Benjamin Pauget : Les résultats montrent l’importance des mesures de terrain et l’utilité des bioindicateurs pour une évaluation des transferts des contaminants et une évaluation des risques environnementaux pertinente.
Il a également été montré que la bioaccumulation des PCB et des PCDD/F diminue lorsque le nombre d’atomes de chlore augmente, ce qui est cohérent avec les données de bioaccumulation obtenues sur d’autres organismes végétaux et animaux dans le programme TROPHé.

Karen Perronnet : Sur le plan sanitaire, même si leur transfert est plus faible que celui des PCB, les PCDD/F augmentent les risques du fait d’une toxicité plus forte. Pour les écosystèmes, la sensibilité de certains paramètres (valeurs « Facteur de bioconcentration » [BCF], prise en compte des concentrations non quantifiables, complexité de la chaîne trophique, nature du sol, végétation) conduit à retenir pour chaque substance les coefficients de transfert sol-invertébrés les plus élevés, et à considérer un réseau trophique constitué de deux niveaux de prédateurs (consommateur primaire puis secondaire).
 

Comment sont-ils valorisés ?

Benjamin Pauget : Les résultats du projet TROPE contribuent à un travail de normalisation actuellement en cours de l’Indice SET - escargots (somme des excès de transfert) tant au niveau national (AFNOR) qu’international (ISO) avec des valeurs de références sur des polluants tels que PCB, métaux et Hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP).

Karen Perronnet : Plus de 150 valeurs de BCF ont été obtenues expérimentalement dans TROPHé et intégrées dans les paramètres du logiciel multimédia MODUL’ERS. Elles le seront prochainement dans la base de données nationale en ligne BAPPOP.
 

Quelles sont les suites ?

Benjamin Pauget : TROPE a ouvert la voie au projet COMBINE (en cours, TESORA, Univ F-Comté) qui vise à établir des liens entre les évaluations de risques sanitaires et environnementaux et à l’utilisation de l’indicateur SET-escargot dans la norme ISO NF ISO 19204 Avril 2017 « Qualité du sol - Procédure d'évaluation des risques écologiques spécifiques aux sites et sols contaminés (approche TRIADE) ».

Karen Perronnet : Le projet TROPHé a amorcé une réflexion sur les approches croisées entre ERS et éRé qui mérite d’être approfondie. En outre, face à la forte persistance de ces substances dans les sols et leur transfert dans la chaine alimentaire et les réseaux trophiques terrestres, il est pertinent d’étudier des solutions susceptibles de réduire, à l’aide d’amendements, leur mobilité dans les sols.