Recherche et innovation

Le gaspillage : représentations et pratiques

Mis à jour le 27/03/2020

 

Au regard du succès des prises de conscience et des politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire, l’ADEME a décidé de lancer en 2015 l’appel à intention de recherche « GASPI-IR – Mobilisation de la notion de gaspillage ».
Depuis lors, le terme de gaspillage a été utilisé au-delà des seules denrées alimentaires et explicitement mobilisé par les politiques publiques avec les « territoires zéro déchet, zéro gaspillage » et, plus récemment la loi de lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire.

Dans ce contexte, il est d’autant plus important de saisir les représentations des Français et l’effet potentiellement mobilisateur du terme.

GASPI-IR était structuré autour de la question suivante : le terme « gaspillage », appliqué aujourd’hui à l’alimentaire, pourrait-il l’être à tous les objets et produits non alimentaires qui composent notre consommation ?
Les projets LEPDIR-GAGA1, CONSCI-GASPI2, GASPIRAPA3, et RELGA4 financés sur ce thème lors de cet APR en sciences sociales ont éclairé la question en enquêtant sur des publics variés. Cet article présente quelques-uns des résultats marquants émergeant de la synthèse de ces travaux, et l’ensemble des résultats seront prochainement disponibles.
 

Le gaspillage parle à tout le monde

Mot d’usage courant, utilisé dans les années 1970 avec la campagne de communication gouvernementale de la « chasse au gaspi » (d’eau, électricité, etc.), puis réactualisé dans les années 2010 avec la lutte contre le gaspillage alimentaire, le terme de gaspillage semble « parler à tout le monde ». Les recherches ont notamment mis en avant que les publics enquêtés partageaient des représentations similaires sur trois niveaux :
  • ce qui peut être gaspillé : même si la communication des dernières années a majoritairement associé la notion de gaspillage à l’alimentation, de façon générale le gaspillage est associé à un ensemble de thématiques assez large qui englobe aussi les ressources comme l’eau et l’énergie ;
  • ce qui génère du gaspillage : le gaspillage est en premier lieu identifié à l’acte de jeter, même si pour beaucoup, il va plus loin ;
  • le rejet du gaspillage : il s’agit d’une notion unanimement connotée négativement.
 

Le gaspilalge non alimentaire correspond à une diversité de pratiques, de causes et d'objets

Il n’existe pas de définition complète partagée par tous, les différents acteurs en ont des représentations partielles. Les recherches montrent que les représentations du gaspillage des objets sont plus riches chez les femmes et évoquent davantage de termes que chez les hommes, qui vont plutôt avancer le gaspillage énergétique. Néanmoins, les recherches tendent à montrer que quelques-unes de ces représentations sont partagées par le plus grand nombre.

Ainsi, le gaspillage est associé à la notion de « jeter ». Ce sont surtout le gaspillage alimentaire et des ressources (eau, énergie, papier…) qui sont évoqués spontanément, mais lorsque les acteurs sont interrogés spécifiquement sur le gaspillage des objets, les vêtements et les emballages ressortent le plus communément, suivis des téléphones portables, des meubles et de l’électroménager.
 

Le gaspillage concerne les autres

Ici encore, certains points sont partagés par toutes les recherches : les enquêtés pensent moins gaspiller que les autres, ils pensent également que les industriels sont les plus gros gaspilleurs et que, de façon générale, le gaspillage est la conséquence de la société de consommation. Par exemple, des répondants évoquent « une responsabilité sociétale induisant un mode de vie qualifié régulièrement par le préfixe “sur”, désignant le caractère intensif, supplémentaire, abondant. La surconsommation, la surproduction apparaissent comme les premières causes du gaspillage. Sont également mentionnés les acteurs de ce système de production et de consommation, notamment les industriels (agroalimentaire, industrie, supermarchés, magasins…)". « [Ces derniers] produisent trop d’objets qui ne sont pas utiles, ou […] “font consommer” via des outils marketing ».
 

La lutte contre le gaspillage, innée ou acquise

Si plusieurs recherches ont catégorisé les différences de représentations à partir de profils socio-démographiques, il est néanmoins important d’ajouter à cette vision « statique » l’aspect dynamique des trajectoires de vie ou d’expériences personnelles amenant ces profils à évoluer dans leur prise de conscience, leurs représentations et leurs pratiques. En effet, alors que l’aversion des classes populaires pour le gaspillage est en partie liée à une « culture de classe » héritée de sa famille et de ses pairs, l’étude des publics qui cherchent à remédier au gaspillage met en avant que les personnes ayant une conscience aiguë du gaspillage et de leurs pratiques en sont arrivées là par étapes et prises de conscience successives. Leur engagement est lié à leur vie personnelle ou professionnelle, à des voyages, des rencontres, ou à l’information issue des réseaux sociaux, de lectures, etc. Les chercheurs identifient par exemple des trajectoires de reconversion professionnelle visant à mettre en cohérence valeurs personnelles et professionnelles, ou encore l’importance du public féminin prenant conscience du gaspillage à partir de la sphère domestique et s’appuyant dessus pour développer un certain militantisme au quotidien.

Si la notion de gaspillage d’objets et de ressources peut être comprise et acceptée, il reste maintenant à explorer les leviers de changement de comportement. Les travaux de recherche peuvent aider à appréhender la diversité des publics et de leurs contextes afin d’éviter le gaspillage et d'adopter des modes de vie plus sobres en carbone et en ressources.
 
  1. Projet LEPDIR-GAGA – Représentations, pratiques et discours autour des notions de gaspillage et de gâchis, SIRCOME, université de Bretagne Sud.
  2. Projet CONSCI-GASPI – Prévenir le gaspillage d’objets via sa conscientisation, université Paris-Dauphine.
  3. Projet GASPIRAPA – Pas de gaspillage ! Pratiques rationalisées de consommation chez les gens du commun. Socio-anthropologie de la culture du pauvre, département recherche de l’Institut régional de travail social Normandie Caen (IRTS-NC).
  4. Projet RELGA – Réseaux émergents de lutte contre le gaspillage en France. Les « passeurs de la lutte contre le gaspillage, université de Strasbourg ».