Recherche et innovation

De la prévention des déchets au gaspillage, les questions de recherche évoluent

Mis à jour le 27/03/2020

 

Le gaspillage des objets est un sujet de recherche récent à l’ADEME. Le premier appel à projets de recherche consacré à cette thématique a en effet été lancé en 2015. Depuis, d’autres programmes ont été initiés afin de sonder cette question aux nombreuses implications environnementales. Rétrospective.

En 2009, l’appel à projets de recherche (APR) « Déchets et société » porté conjointement par la direction technique déchets et sol et la direction de la recherche de l’ADEME ouvrait le champ aux recherches en sciences sociales sur le thème des déchets et de la consommation à l’Agence. Des chercheurs en sciences humaines et sociales de toutes disciplines sont sollicités pour travailler autour de trois axes qui correspondent à trois échelles d’analyse : comportements des individus, stratégies des organisations, jeux d’acteurs et territoires.

Cet APR permet de s’intéresser notamment à l’individu et à la manière dont il gère ses propres déchets, et d’initier une réflexion sur la manière qu’il aurait de les réduire. On ne parle pas encore de gaspillage, mais de prévention des déchets. Le développement de ces recherches en sciences sociales a permis de faire évoluer à l’ADEME une culture jusqu’alors essentiellement technique.

Ces recherches permettent ainsi de mettre en exergue que, quand on cherche à faire évoluer les comportements, il faut analyser l’écart entre un discours de l’individu favorable à l’environnement et ses pratiques quotidiennes, et ne pas se contenter de considérer ce fait juste comme de l’incohérence. Les sciences sociales contribuent à éclairer les équipes de l’ADEME et des collectivités locales sur les sous-jacents aux écarts entre les représentations et les pratiques, ce qui devrait les conduire à repenser leurs modalités d’action.

Du gaspillage alimentaire à celui des objets

Le contexte d’alors est celui impulsé par le Grenelle de l’environnement.
Les lois Grenelle, et en particulier Grenelle 2 de juillet 2010, relancent une politique de gestion des déchets en confortant une priorité à la prévention et fixant des objectifs de réduction des quantités d’ordures ménagères par habitant. Le développement des programmes territoriaux de prévention a permis que les collectivités locales mettent en œuvre des actions de réduction des déchets visant notamment à faire évoluer les pratiques de leurs administrés. La réduction du gaspillage alimentaire, ancrée sur une notion de solidarité, de perte inacceptable de valeur et de santé, s’est ainsi révélée une des pratiques les plus acceptées, dont l’évolution positive est la plus visible et efficace sur le terrain.

En août 2015, la lutte contre le gaspillage alimentaire est devenue une priorité à part entière lorsque l’ADEME s’est vu confier une nouvelle mission par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte. Avec le gaspillage alimentaire naît la prise de conscience de la part de pertes liée au consommateur et à son comportement. La question de la réduction des déchets se pose alors dès le moment de l’achat.

Dans le même temps, la notion d’économie circulaire se structure et met en avant le risque de pénurie de ressources. En 2015, l’appel à intention de recherche « GASPI-IR – Mobilisation de la notion de gaspillage » est lancé comme première intention de révéler les modalités et conditions pour transférer l’aversion unanime pour le gaspillage alimentaire au gaspillage non alimentaire pour lutter contre la consommation excessive de ressources. Il vise également à déterminer dans quelle mesure cette notion peut être mobilisée par les pouvoirs publics dans le cadre d’un souhait de changement plus global de pratiques des acteurs. Les résultats de cet APR sont détaillés dans le second article.

Structurer la recherche en sciences sociales

Les dynamiques de recherche en sciences sociales se structurent à l’ADEME dès 2014 et, au-delà du gaspillage, la question de modes de vie plus sobres se diffuse. L’Agence finance plusieurs thèses avec des travaux qui scrutent les modes de vie des individus qui ont opté pour des approches dites « zéro déchet » ou « sobres ».

En 2017, l’ADEME lance un premier appel à projets de recherche TEES (Transitions écologiques, économiques et sociales), dédié aux sciences humaines et sociales, et transversal aux différents champs d’action de l’Agence. Étant désormais admis que le progrès technique seul ne permettra pas d’atteindre les objectifs de diminution de gaz à effet de serre ni de répondre aux enjeux environnementaux, ce sont les comportements et plus généralement l’évolution des modes de vie qui sont questionnés ici.

À la suite du succès de cet APR, l’ADEME lance une deuxième édition en 2019, centrée sur les questions de gouvernance et de modèles organisationnels. Elle questionne notamment deux grands enjeux : la mise en œuvre de l’économie circulaire dans les territoires (qui vise à éviter le gaspillage des ressources et créer de la valeur) et la consommation responsable (qui inclut le thème de l’alimentation durable).

Pour que les travaux de recherche contribuent au mieux à l’accompagnement de la transition écologique, un processus de dialogue entre les chercheurs et les acteurs concernés (État, collectivités, entreprises) semble une modalité renforçant l’appropriation des résultats, que l’ADEME souhaite développer.