L'ADEME

Thèse

Mis à jour le 13/06/2019

 

Interview du professeur Nadine Locoge, adjointe au Directeur du Centre de recherches internationales (CERI) Énergie Environnement - Responsable de l’UR SAGE (Sciences de l'atmosphère et génie de l'environnement).

Quels sont les principaux résultats de la thèse ?

Plusieurs allocations de thèse ont été obtenues sur le thème de la Qualité de l’Air Intérieur (QAI), sujet d’intérêt majeur compte tenu d’une part de l’impact sanitaire et environnemental et d’autre part du temps passé à l’intérieur des locaux. Une première thèse (Malak Rizk) portant sur le développement d’une méthode novatrice de caractérisation in situ des processus de sorption des COV aux surfaces intérieures a été soutenue en septembre 2015. Les paramètres de sorption déterminés par cette méthode peuvent être potentiellement utilisés comme données d’entrée dans les modèles de prédiction de la QAI. La seconde thèse (Pamela Harb) cofinancée et soutenue en décembre 2017, portait sur l’évaluation des performances et de l’innocuité de systèmes commerciaux de traitement d’air présentant une fonction photocatalytique dans des situations de fonctionnement types, proches des conditions réelles d’utilisation ; c'est-à-dire, prenant en compte de la diversité des espèces présentes dans l’air intérieur et des faibles concentrations de COV. Les développements expérimentaux de la thèse de Pamela Harb ont ainsi permis de montrer la nécessité de réaliser les essais dans des enceintes de grand volume et ont permis de définir un protocole de mise en œuvre robuste. Enfin, la thèse d’Ana Maria TOBON MONROY, encore en cours et qui devrait être soutenue à la fin de l’année 2019, porte quant à elle sur l’étude de la potentialité du développement de micro-organismes sur les matériaux d’isolation bio-sourcés et conventionnels utilisés dans la rénovation des bâtiments et le potentiel impact sur la QAI. Ces travaux ont notamment permis de mettre en évidence l’importance des protocoles expérimentaux sur les résultats de la résistance des matériaux au développement de micro-organismes. Ils ont également mis en évidence l’importance extrême de l’humidité relative sur les émissions de COV de ce type de matériaux.

On peut ainsi voir au travers de ces trois exemples la diversité des projets soutenus au travers des allocations de thèses cofinancées par l’ADEME avec dans tous les cas des projets de recherche avec des objectifs opérationnels.

Pourquoi avez-vous sollicité l’ADEME ? Qu’est-ce que cette collaboration a apporté aux travaux ?

Le soutien de l’ADEME a été sollicité car il a permis dans certain cas de venir en appui à des projets regroupant les complémentarités de plusieurs partenaires, parfois sur des sujets pour lesquels un partenariat industriel n’était pas toujours envisageable et dans certains cas en amont de projets de recherche afin de permettre de développer des méthodes et protocoles et de confirmer un certain nombre d’hypothèses, c’est-à-dire des recherches un peu « en amont » de projets de recherche à visée opérationnelle.

Comment ont été valorisés les résultats ? Quelles sont les éventuelles suites ?

Dans tous les cas les résultats ont été publiés au travers d’articles dans des journaux internationaux à comité de lecture (4 associés aux travaux de Malak Rizk, 2 publiés et 2 en préparation pour Pamela Harb et 1 soumis pour Ana-Maria Tobon-Monroy). De nombreuses communications orales (18) ou par posters (7) ont également été réalisées dans des congrès internationaux et des colloques nationaux. Ces valorisations ont été complétées par des présentations à des journées techniques.

Les suites qui ont été associées à ces travaux sont très diverses. Dans le cas des travaux portant sur les processus de partition à la surface des matériaux, des travaux de recherche se poursuivent au travers de collaborations avec des acteurs privés ou des instituts tels que l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) avec la cible particulière des commerces et des espaces de stockage.

Dans le cas des recherches portant sur l’évaluation des systèmes de traitement d’air, les résultats obtenus permettent d’alimenter les réflexions du groupe de normalisation AFNOR/B44A « Photocatalyse » avec notamment l’évolution de la Norme NF EN 16846 « Photocatalyse - Mesure de l'efficacité des dispositifs photocatalytiques servant à l'élimination, en mode actif, des COV et des odeurs dans l'air intérieur - Partie 1 : méthode d'essai en enceinte confinée (2017) ». En effet, les travaux menés dans la thèse de P. Harb permettent une évolution du protocole expérimental proposé par cette norme en définissant une méthode d’essai mettant en jeu une enceinte offrant un volume supérieur à 30 m3. Par ailleurs, les travaux de Pamela Harb, intégrés au projet ADEME Cortéa « ETAPE », ont permis à l’ADEME de revoir et d’approfondir son analyse et ses recommandations sur les dispositifs photocatalytiques pour le traitement de l’air intérieur et ont ainsi contribué à la mise à jour de la Fiche Technique ADEME sur la Photocatalyse.

Enfin, pour ce qui concerne les travaux portant sur l’évaluation des matériaux de construction biosourcés à être le siège du développement de micro-organismes, deux projets de recherche financés par l’ADEME sont en cours actuellement et permettent pour l’un de compléter les travaux initiés en laboratoire par des campagnes de terrain dans des bâtiments intégrant de tels matériaux et pour l’autre par des essais permettant d’étudier l’efficacité du traitement antifongique des matériaux sur le long terme.
 
Représentation schématique de la pièce expérimentale IRINA (Innovative Room for INdoor Air studies) et illustration de la détermination quantitative à l'échelle réelle des émissions de COV provenant de produits ménagers et de l’évaluation environnementale de l'impact de leur traitement sur la qualité de l'air intérieur. Tirée de l’article (accepté et en cours de révision dans Chemical Engineering Journal) « Treatment of household product emissions in indoor air: real scale assessment of the removal processes. » P. Harb, N. Locoge and F. Thevenet.