L'ADEME

Interview - « Comprendre l’impact des polluants sur la qualité de l’air »

Mis à jour le 17/06/2021

L’impact des émissions des transports sur la qualité de l’air et sur la santé humaine fait l’objet de nombreuses études. Néanmoins, cette question mérite d’être approfondie.

L’objectif est de mieux connaître la nature et les effets des différents polluants et d’aider le législateur à définir des normes qui permettront aux industriels de concevoir de meilleurs produits pour l’environnement et la santé.
 
Matteo Redaelli
Chef de projets scientifiques à la direction de l’évaluation des risques de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES)
Laurent Gagnepain
Ingénieur expert au service transports et mobilité de l’ADEME

 

Comment l’ANSES et l’ADEME travaillent-elles ensemble sur le sujet des impacts des transports ?

Matteo Redaelli
: Avant de répondre, je rappellerais ici la mission de l’ANSES : apporter une aide à la décision des pouvoirs publics, via des expertises dans les domaines de l’environnement, du travail et de l’alimentation. Elle travaille avec l’ADEME sur des sujets notamment liés à la pollution de l’air et aux transports. Concrètement, l’ANSES et l’ADEME cofinancent des travaux de recherche menés dans le cadre du Programme national de recherche environnement-santé-travail (PNR EST) que pilote l’ANSES. Par ailleurs, des experts de l’ADEME participent à des travaux d’expertise collective coordonnés par l’ANSES.
Laurent Gagnepain : J’ajouterais que l’ADEME contribue aussi au PNR EST en finançant une à deux thèses par an sur des sujets directement liés aux enjeux de ce programme.

Justement, quels travaux de recherche en lien avec le transport ont été initiés dans le cadre de ce programme ?

M. R. : Pour n’en citer que quelques-uns, je parlerais de travaux d’expérimentation chez le rat sur le lien entre polluants atmosphériques d’origine automobile et santé cardiovasculaire, qui ont mis en évidence une légère dysfonction cardiaque liée à l’exposition à des gaz d’échappement d’un moteur Diesel Euro 4 équipé d’un filtre à particules (CARDIOX). Nous avons soutenu également un sujet sur l’impact de la teneur en biocarburants sur la toxicité des émissions polluantes issues des moteurs Diesel (MAE-TAC). Ou encore une recherche in vitro qui entend comprendre le rôle du mucus de l’épithélium respiratoire dans l’apparition de la toxicité précoce ou retardée de particules à partir de marqueurs du métabolisme traçant l’origine des particules (TRIPLER). Le programme soutient également un projet épidémiologique sur une cohorte de chauffeurs de taxis parisiens (PUF-TAXIS) afin d’identifier les déterminants de leur exposition aux particules ultrafines et au carbone suie et d’étudier l’impact de ces expositions sur leur santé respiratoire.

L’impact sanitaire des transports constitue donc un enjeu majeur pour l’ANSES ?

M. R. : Absolument. L’Agence s’emploie depuis treize ans à évaluer les risques sanitaires liés à la pollution de l’air générée par les transports, et cette action passe par des évaluations quantitatives, des bilans de connaissances scientifiques ou des travaux d’évaluation prospective.
L’objectif est notamment d’identifier les indicateurs de pollution pertinents pour la santé comme le carbone suie, les particules ultrafines ou d’autres polluants non réglementés jusqu’ici peu mis en avant.

L’ADEME s’intéresse-t-elle également au volet sanitaire de l’impact des transports ?

L. G. : Oui, et c’est d’ailleurs l’un des enjeux de l’appel à projets de recherche (APR) IMPACTS, initié en 2017 et auquel le service Transport de l’ADEME s’associe. Nous sommes partis du constat suivant : mesurer les émissions de polluants uniquement à l’échappement est insuffisant car ces émissions ont une vie dès lors qu’elles sortent du pot d’échappement. Elles se transforment, se combinent avec les polluants de l’air ambiant et forment un cocktail de polluants que nous respirons.
L’APR IMPACTS vise à mieux connaître les impacts des mélanges de polluants sur l’environnement, mais aussi sur la santé humaine. Il sonde notamment deux sujets : l’impact sanitaire de la qualité de l’air dans les habitacles des transports (voitures, bus, métros, etc.) et l’impact de l’air extérieur sur les piétons en proximité de trafic (et notamment dans les gares souterraines).

Quels projets de recherche soutient l’ADEME dans le cadre de cet APR ?

L. G. : Nous en soutenons deux : le projet ToxBrake, qui vise à évaluer l’impact sanitaire des particules émises par les systèmes de freinage, et le projet TOXinTRANSPORT, qui établira la toxicité des particules prélevées dans les habitacles de transport et dans les gares souterraines.
 
« Nos projets ? Travailler entre autres sur les polluants qui ont récemment émergé, comme le carbone suie ou les particules ultrafines. »

Au-delà de l’enjeu sanitaire, sur quelles problématiques liées au transport travaillez-vous ?

M. R. :  Nous accompagnons des travaux qui portent sur l’impact des technologies ou de la composition du parc de véhicules. Tous ces projets ont toutefois la même finalité : trouver les meilleurs leviers possible en termes de santé. Les futurs sujets à investiguer ne manquent pas : exposition combinée à la pollution de l’air et au bruit, points noirs environnementaux, effets des mélanges de polluants ou encore évaluation des risques liés à certains modes de transport encore peu étudiés (par exemple dans les zones portuaires et aéroportuaires) avec, en ligne de mire, un unique objectif : aider les pouvoirs publics dans leur prise de décision.

Quelle est l’action de l’ANSES en matière de réglementation ?

M. R. : L’agence travaille sur l’évaluation et l’autorisation de substances chimiques dans le cadre du règlement européen REACH. Ce travail se fait en collaboration avec les autres États-membres et permet d’évaluer les dangers et les risques de substances liés pour certaines à leur usage dans le secteur automobile.

Pour conclure, quels sujets l’ADEME compte-t-elle investiguer à court terme autour de ces questions ?

L. G. : Historiquement, le service Transport de l’Agence a axé ses travaux sur les mesures de polluants à l’échappement. Ces mesures ont alimenté des réflexions sur les normes Euro, qui fixent les seuils d’émissions de polluants à ne pas dépasser. En revanche, il n’existe actuellement aucune réglementation sur les particules hors échappement (frein, pneu, chaussée). Et pourtant, les véhicules vendus aujourd’hui émettent plus de particules hors échappement qu’à l’échappement ! Nous avons donc besoin d’études toxicologiques sur ces sujets pour savoir quels nouveaux polluants réglementer, s’il faut envisager des systèmes de captage de ces particules, changer les matériaux qui entrent dans la composition des plaquettes de frein ou des pneus, etc.
Nous investiguons également différents polluants émergents ainsi que la formation des aérosols secondaires et surtout les précurseurs de ces aérosols (il s’agit là de particules qui se forment après l’échappement). De nombreux travaux de recherche sont en cours. Ils permettront d’orienter les futures réglementations européennes et une fois celles-ci en place, les industriels s’empareront de ces problématiques pour proposer des produits respectueux des nouvelles normes et donc moins nocifs.


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