L'ADEME

Animation de réseaux ou soutien d’infrastructures

Mis à jour le 19/11/2019

L’objectif de l’ADEME est de co-construire une programmation scientifique avec tous les acteurs de l’écosystème, et de faciliter la valorisation des connaissances vers les utilisateurs finaux.

Donnons la parole à trois partenaires, animateurs de réseau, gestionnaires de sites et chercheurs :
  • Olivier Faure, chercheur à l’École des Mines de Saint-Étienne (GISPilot, réseau de sites ateliers SAFIR) ;
  • Nathalie Guiserix, présidente d’InnovaSol ;
  • Bénédicte Couffignal, directrice de l’association RECORD (Réseau de recherche coopératif sur l’économie circulaire, les déchets et l’environnement).
 

Quels sont les besoins des chercheurs pour mener les recherches dans le domaine des sites et sols pollués (SSP) ?

Olivier Faure : La recherche dans le domaine des SSP, au-delà de la production de connaissances fondamentales nouvelles, se doit également de viser des objectifs très finalisés, afin de répondre à des demandes sociétales fortes en matière de prévention et de gestion des risques. Dans ce cadre il est évident que les chercheurs doivent avoir une bonne connaissance des acteurs socio-économiques du domaine et de leurs attentes concrètes. Il est donc absolument nécessaire de stimuler un travail en réseaux, associant non seulement des chercheurs de différentes spécialités (géochimistes, chimistes, biologistes, modélisateurs, sociologues, etc.…), mais aussi des acteurs opérationnels (BE, entreprises de dépollution) et institutionnels. Il est également nécessaire de capitaliser les résultats acquis, en fédérant des recherches transdisciplinaires autour d'objets communs, plutôt qu'en les dispersant autour de multiples cas particuliers étudiés indépendamment. Dans ce contexte, la mise à disposition de sites ateliers représentatifs de différentes problématiques et la constitution de bases de données associés à ces sites doit être encouragée.
 

Comment faites-vous pour identifier les besoins de recherche en lien avec vos partenaires ?

Bénédicte Couffignal : Nous nous sommes toujours efforcés d’avoir un fonctionnement très participatif à RECORD. C’est un réseau, chacun doit donc pouvoir s’exprimer régulièrement sur ses besoins et voir dans quelle mesure, ils sont partagés par d’autres. Ainsi chaque année, les adhérents sont sollicités pour qu’en interne, au sein de leur entreprise, des idées de travaux d’études, de workshop, en lien avec nos thématiques remontent. Nous conduisons ensuite un travail de réflexion collective ou chacun vient proposer ses idées, exprimer ses attentes, son actualité sur les problématiques des sites et sols pollués.
Quant aux équipes qui réalisent les projets que RECORD finance, que ce soit du côté des laboratoires publics ou des bureaux d’études, nous fonctionnons avec des appels d’offres ouverts. De « nouveaux » acteurs du domaine rentrent donc régulièrement dans la boucle des travaux que RECORD coordonne. C’est notamment le cas lorsque nous abordons un thème qui n’a pas encore été approché par RECORD. Je peux citer l’exemple de nos premiers travaux, l’an dernier, sur la biodiversité dans le contexte des sites restaurés.
L’association RECORD est également boostée dans l’identification des besoins d’études et de recherche par la présence d’un Directoire scientifique qui oriente les adhérents vers de nouvelles thématiques, identifiées par les derniers travaux internationaux. Ceci est une opportunité pour les entreprises adhérentes de se projeter, de se questionner sur des sujets plus prospectifs que ceux qu’ils ont l’opportunité de traiter en interne, car pris par les sujets d’actualité.
Cela conduit donc RECORD à traiter à la fois de sujets très proches de la « demande » (éléments techniques nécessaires à une évolution réglementaire par exemple) et des sujets plus en lien avec la compréhension des mécanismes dans les sols, les nouvelles approches analytiques, l’intégration des questions de biodiversité, etc.

Nathalie Guiserix : Au sein du consortium InnovaSol, nous avons également ces deux approches. D’abord nous identifions les verrous auxquels nous sommes confrontés dans la gestion de nos sites au quotidien. Sur cette base, nous définissions un programme de recherche que nous mettons en application en accueillant un doctorant CIFRE au sein de notre entreprise. Si le sujet est compatible, nous le soumettons aux programmes ADEME (comme GESIPOL par exemple) afin d’obtenir des aides à la mise en œuvre de ces travaux. Ces travaux viseront toujours de la recherche appliquée alliant travaux en laboratoire et sur le terrain afin d’apporter une réponse précise et concrète à l’exploitant.
L’autre axe de recherche concerne des verrous que nous anticipons à plus long terme, parfois en relation avec des évolutions futures des normes et réglementations, tant en France qu’à l’étranger. Dans ces cas-là, nous travaillons plutôt dans une approche collaborative au sein du Consortium InnovaSol, dont l’ADEME est également partenaire. L’ADEME nous apporte sa connaissance des avancées des programmes en cours, en particulier étrangers.
 

Quels sont vos besoins et attentes en matière d’animation de la recherche ?

Nathalie Guiserix : La plus grande difficulté est de connaitre l’état de l’art de la recherche sur un sujet donné. Nous sommes tributaires de la connaissance académique de nos partenaires, qui dépend elle-même beaucoup des collaborations qu’ils peuvent nouer avec leurs pairs à l’étranger.
Le besoin premier est à notre sens d’avoir une base de données permettant de mutualiser les données des travaux de recherche sur nos métiers en France, mais aussi à l’étranger. C’est un travail long et fastidieux, nécessitant une mise à jour régulière, mais il est indispensable pour valoriser les recherches déjà menées et éviter des doublons. 
Le second besoin est une mise en relation entre les différents porteurs de projets de recherche afin qu’ils puissent échanger sur leurs retours d’expériences, verrous, réussites ou échecs. Car ce n’est qu’en partageant nos expériences que nous pourrons progresser.
À ce titre, l’ADEME a un rôle d’animateur naturel au travers des journées nationales de la recherche sur les sites et sols pollués et du réseau ESSORT, qui regroupe les trois partenaires majeurs de la recherche que sont les académiques, les professionnels du domaine et les exploitants.
Enfin, il ne faut pas oublier que la finalité de cette recherche est le transfert de connaissance et de technologie aux acteurs. Ce point est le fondement même du Consortium InnovaSol dont l’ADEME est partenaire et financeur, et qui sert de catalyseur entre ces projets de recherche et les acteurs de la filière.
 

Comment l'ADEME, par son animation scientifique, répond-elle à certains de ces besoins ?

Bénédicte Couffignal : Sur le thème des SSP, l’ADEME jour un rôle primordial en France en matière d’animation de la recherche. D’ailleurs, de mon point de vue, ce rôle a évolué très positivement ces dernières années. Les différentes parties prenantes se sentent plus proches les unes des autres que cela l’a été par le passé ; et cela c’est en grande partie grâce aux efforts de l’équipe d’animation de l’ADEME. La création du réseau ESSORT, il y a 2 ans en est un bon exemple : l’ADEME a su écouter les attentes, en termes de besoin d’échanges, de mise en réseau, d’un certain nombre d’acteurs du domaine et a su mettre les moyens nécessaires au montage d’un réseau national regroupant la diversité du monde des SSP. Ces acteurs ont également besoin de se rencontrer régulièrement, d’échanger, de présenter aux autres l’avancée de leurs travaux, de leurs retours d’expériences. Les 4emes rencontres de la recherche sur les sites et sols pollués qui auront lieu les 26 et 27 novembre 2019 ont d’ailleurs cette vocation. À une autre échelle, l’organisation au fil de l’eau d’évènements à caractère scientifique et technique me semble essentielle à la bonne santé de cet « écosystème » et à la dynamique de recherche. Des journées techniques comme celle organisée en janvier 2019 conjointement par l’ADEME et RECORD sur le sujet de l’applicabilité de la géostatistique me semblent y répondre. J’espère que l’ADEME aura l’envie de renouveler l’exercice et que nous aurons ainsi d’autres occasions d’organiser ensemble ce type de partages d’expériences techniques.
L’ADEME étant membre de RECORD, à l’identique des autres, l’agence amène au « tour de table » des idées de travaux qui ont un intérêt particulier à être traités de manière collective, comme cela est possible à RECORD. C’est effectivement un lieu privilégié pour organiser des retours d’expériences qui impliquent les industriels. Je pense également que pour l’ADEME, RECORD fait partie de ces lieux où ils peuvent entendre des industriels soulever les problèmes qu’ils rencontrent et qu’ils jugent important de traiter et ainsi les intégrer dans leur programmation et faire porter les efforts sur certains sujets (et inversement), par exemple via les choix thématiques des Appels à Projet de Recherche comme GESIPOL que l’ADEME prend soin de faire évoluer en permanence.
L’ADEME est aussi un appui financier indispensable pour des structures collaboratives comme la nôtre. Car même si le financement des travaux conduits par RECORD est très majoritairement d’origine industrielle, l’ADEME soutient financièrement la plupart des projets et participe activement à la vie du réseau (présence aux comités de pilotage des études, etc.).

Olivier Faure : L'ADEME affiche une volonté forte de fédérer les différents acteurs du domaine, en orientant et en accompagnant les travaux de recherche et en stimulant la communication et la valorisation des résultats acquis. Elle a notamment accompagné la création du réseau de sites ateliers SAFIR ainsi que celle du réseau ESSORT, qui réunit les principaux acteurs français (académiques, institutionnels et privés) concernés par la problématique SSP. Par ses actions de communication, notamment à travers les Rencontres Nationales de la Recherche sur les SSP, dont la 4e édition aura lieu en novembre 2019, elle représente un acteur central dans la mise en réseau, la diffusion des résultats et le partage des connaissances autour de la thématique des SSP.