le changement climatique

++ les scientifiques face aux risques
Des changements climatiques, il y en a déjà eu : l’ère quaternaire est jalonnée de glaciations et de périodes chaudes. Il y a vingt mille ans, le climat du Périgord
ressemblait à celui de la Sibérie. Mais le phénomène actuel dépasse par son ampleur et sa rapidité tous les épisodes des 400 000 dernières années.

L'homme émet beaucoup de gaz à effet de serre

  Les activités humaines, depuis la révolution industrielle du XIXe siècle, ont produit en peu de temps beaucoup de gaz à effet de serre (GES)supplémentaires, le plus important étant le gaz carbonique (CO2).
L’effet de serre « additionnel », résultant de l’augmentation des concentrations des GES, se traduit par une élévation très rapide de la température moyenne de la Terre et de son atmosphère. Mais les modifications que l’on constate ne se résument pas à un réchauffement :
c’est l’ensemble du climat qui se modifie.
 

 
 

 
Des variations dans le passé
Le taux de gaz carbonique dans l’air n’a pas toujours été le même : l’analyse chimique de carottes de glace prélevées en Antarctique a montré que ce taux a varié au cours de l’ère quaternaire de 180 à 300 ppmv (parties par million en volume). Les périodes glaciaires correspondaient à de faibles taux de gaz carbonique, le climat se réchauffait tandis que le taux s’élevait. Actuellement, le niveau est très supérieur, de l’ordre de 380 ppmv.
 

 
 
 
 


Une ampleur et une rapidité sans précédents

  Malgré les incertitudes, toutes les prévisions des scientifiques vont dans le même sens : au cours du seul XXIe siècle, la température moyenne sur Terre pourrait augmenter de 1,1°C à 6,4°C. Lorsque l’on sait que 4 à 6°C de différence ont suffi pour passer d’un climat glaciaire au climat tempéré que nous connaissons aujourd’hui, le phénomène actuel est inquiétant. Surtout qu ’une augmentation de 2°C nous amènerait à une température jamais atteinte depuis plus de cent mille ans.
Les évolutions climatiques les plus rapides pendant le quaternaire sont estimées à quelques degrés sur dix mille ans. Aujourd’hui, le réchauffement est enclenché et on craint un changement climatique cent fois plus rapide, avec des conséquences qui dépasseraient les facultés d’adaptation des hommes, des animaux et des végétaux.
 

Des conséquences à risques

   L’élévation du niveau des mers en sera la manifestation la plus flagrante, provoquée principalement par la dilatation thermique de l’eau et par la fonte partielle des calottes de glaces polaires et des glaciers continentaux.
Selon la moyenne des estimations, le niveau moyen devrait augmenter de 18 à 59 centimètres d’ici 2100. Certains deltas, lagunes et régions littorales pourraient être submergés. Des pays comme les îles Maldives dans l’océan Indien auraient de graves difficultés à lutter contre l’avancée des mers. En France, la Camargue et le rivage à lagunes du Languedoc seraient immergés.
 

 
Les Maldives, des îles à fleur d'eau menacées par l'élévation du niveau de l'océan.
 

  Autre aspect du changement climatique, la modification du régime des précipitations, très variable selon les régions.
En France il pourrait pleuvoir plus l’hiver et moins l’été. L’enneigement et l’état des glaciers évolueraient ; les courants océaniques comme le Gulf Stream seraient également affectés.
Quant aux manifestations climatiques extrêmes (inondations, tempêtes, vagues de chaleur, sécheresse) constatées en Europe et notamment en France au cours de ces cinquante dernières années, elles pourraient préfigurer ce qui risque de se passer avec une plus grande fréquence.
 

   Des bouleversements écologiques : aussi faibles soient-ils, ces changements auront des conséquences de grande ampleur sur les paysages, la vie animale et végétale, l’évolution des sols et des ressources en eau, et sur nos activités économiques (pêche, agriculture, sylviculture, tourisme, …) ou encore sur notre santé.
Pour prévoir ces changements, les experts construisent des modèles numériques complexes capables de reproduire les observations actuelles (données climatiques, hydrologiques, …) et de simuler les évolutions futures. Différents scénarios sont envisagés selon les variations à venir des émissions de CO2. On peut faire aujourd’hui des prévisions globales au niveau de la planète avec une marge d’incertitude qui reste importante. Pour une région donnée, la prévision est encore plus difficile et quelques modèles commencent à apparaître.
 

  • Les milieux aquatiques affectés : certaines zones côtières sont déjà sensibles au réchauffement.
Suite à l’augmentation de la température de l’eau, le blanchissement des coraux fait craindre une diminution rapide des récifs coralliens. Trop sollicités, les courants océaniques El Niño et La Niña ont plus de mal à absorber les augmentations de température : dans le Pacifique, les bancs de thons se sont déjà déplacés. En Méditerranée, on observe de nombreux poissons tropicaux africains et indiens, dont les barracudas le long des côtes françaises ! Les poissons de rivière (barbeaux, chevaines, ablettes...) sont eux aussi concernés, d’où une fragilisation de certaines espèces.
 

  • Les espèces terrestres pourront-elles migrer ou évoluer ?
Les effets du changement climatique sur la flore et la faune seront nombreux et variés.
La hausse des températures va modifier l’habitat des animaux et des végétaux, ce qui aura des répercussions sur la répartition des espèces et perturbera les écosystèmes, cette modification étant variable d’une espèce à l’autre. Par exemple, le pin maritime se déplacerait d’Aquitaine vers le nord.
Les gestionnaires de réserves naturelles devront prendre en compte ces éventuelles migrations, en aménageant des couloirs de migration entre réserves.
 

 



Glaciers à la Meije (Hautes-Alpes) en juillet 1979 (à gauche) et en août 2003 (à droite).
 

  • Des répercussions sur l’espace rural : les activités agricoles vont être affectées par le changement climatique. Pour certaines productions céréalières les rendements seront plus importants, pour d’autres ils pourront diminuer. On a déjà constaté, qu’au cours du siècle dernier, le réchauffement a eu un effet sur les dates de floraison et de maturité de certains végétaux. Dans les vignobles, la maturité de certains cépages a avancé d’un mois en cent ans. Si le réchauffement se poursuit, la qualité du raisin pourrait être altérée du fait du raccourcissement de sa période de maturation.
Quant aux forêts, on observe une croissance extrêmement rapide des arbres dans les régions tempérées et boréales, en France et au Canada notamment, avec un risque de fragilisation qu’on ne peut pas encore attribuer à l’effet de serre lié aux activités humaines.
 

  • La santé humaine : des études démarrent.
Parmi les sujets d’investigation : les liens éventuels entre l’augmentation des températures et des précipitations et la recrudescence de la borréliose et du paludisme au Sénégal, au Mali ou au Niger, ou encore avec l’émergence possible d’épidémies de choléra dans le bassin méditerranéen.
 

 
Zoom sur le bassin versant du Rhône
Les variations de températures et de précipitations ont des conséquences sur l’évolution des débits des cours d’eau. Des chercheurs ont étudié les modifications possibles des eaux du Rhône et de ses affluents, la Durance et la Saône, en climat perturbé (doublement du CO2 dans l’atmosphère) à l’horizon 2050. Les résultats montrent que, dans le sous-bassin de la Haute-Durance, des fontes précoces des neiges provoqueront une avancée de la période de forte crue de juin à mai, des périodes de basses eaux beaucoup plus prononcées en juillet et août, et une augmentation significative des débits automnaux.
Les études se poursuivent pour évaluer les conséquences sur la ressource en eau potable, les pratiques d’irrigation agricole, la gestion des barrages hydroélectriques. Ces résultats seront utiles aux décideurs locaux pour la mise en place de mesures d’adaptation.
 

Quels remèdes ?

  • Une priorité : réduire dès maintenant la croissance des émissions de gaz à effet de serre pour modérer la hausse des températures et éviter que le réchauffement ne s’accélère ; plus le réchauffement sera rapide, plus ses conséquences seront difficiles à maîtriser.
En outre, du fait de la durée de vie des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et de l’inertie thermique des océans, même si on arrêtait complètement les émissions de ces gaz, le réchauffement se poursuivrait encore pendant plusieurs dizaines d’années après qu ’ils aient été émis. D’où l’importance d’agir vite.
 

   Le recours accru aux « puits de carbone » peut contribuer à la limitation de l’effet de serre.
Une partie du gaz carbonique de l’atmosphère est absorbée par les forêts en croissance, toutefois aucun plan réaliste de sylviculture ne compensera les rejets de gaz carbonique dus à l’homme. Mais la reforestation peut être utile pour diminuer les émissions.
L’océan, pour sa part, absorbe aujourd’hui la moitié des émissions humaines, mais sa capacité d’absorption diminue au fur et à mesure que sa teneur en gaz carbonique augmente. Il n’existe aucun moyen réaliste et sûr d’augmenter artificiellement cette capacité. Des recherches comme celles en cours sur la séquestration du carbone peuvent cependant être intéressantes.
 

  • Prévoir des mesures d’adaptation au changement climatique est indispensable dès maintenant pour limiter les conséquences néfastes sur les activités humaines. Elles toucheront tous les secteurs de l’activité économique et les capacités d’adaptation seront très variables selon le niveau de développement des pays.  
  Mesures d’adaptation : c’est par exemple la création de couloirs de migration entre des réserves naturelles