• Phase I - Conception de l’organisation des épandages

L’étude préalable (cf. "En savoir plus : L'étude préalable à l'épandage agricole de boues d'épuration"), imposée par la réglementation française de 1997-1998, constitue un cadre solide pour assurer que les opérations d’épandage vont se dérouler dans les meilleures conditions.

Elle permet de :

- définir les principes de l’organisation,
- de choisir et de valider le périmètre d’épandage retenu,
- de nommer les intervenants,
- de fixer le choix des équipements et du matériel pour le stockage, le transport et l’épandage.

Enfin, elle lance la première étude essentielle : un examen approfondi de la qualité de la boue à épandre.

 
 


La taille du périmètre d’épandage est fonction de la quantité de boues à épandre. Dans les exemples ci-dessous, on admet que les stations sont à pleine charge. Si on retient comme chiffre moyen une dose d’apport de 1,5 t MS/ha/an (cf. fiche : "L'intégration des boues d'épuration dans le plan de fertilisation"), les surfaces en jeu sont les suivantes :


Dans le cas où les boues sont enrichies en phosphore du fait d’un traitement spécifique sur la filière eau en station d’épuration, les besoins en surface peuvent alors être doublés.
A titre indicatif, la surface moyenne d’une exploitation agricole est de 40 ha.
Ce chiffre cache de fortes disparités régionales et locales.

  


station de 3 000 EH

station de 50 000 EH

station de 200 000 EH

50 t boues MS/an

750 t boues MS/an

3000 t boues MS/an

30 ha au total

500 ha au total

2000 ha au total

10 ha utilisés par an

170 ha utilisés par an

700 ha utilisés par an

 

 

 

 

EH = équivalent-habitant
MS = matière sèche

 



• Phase II - Exploitation de l’organisation mise en place

L’organisation annuelle des épandages comprend plusieurs étapes :

1. Programmation
Chaque année, il convient d’établir un “programme prévisionnel”, pour préciser les périodes d’épandage retenues et les parcelles agricoles correspondantes en lien avec les agriculteurs. Les personnes ou entreprises responsables des diverses opérations de transport et d’épandage sont désignées ou rappelées. Sont également rappelées les analyses de boues et de sols auxquelles il conviendra de procéder pour l’année à venir, les personnes responsables, et les dates butoirs impératives des analyses compte-tenu de l’échéancier d’épandage.
Une direction générale des opérations est indispensable, notamment dans les moyennes et grandes stations, pour assurer la cohérence de l’ensemble.

2. Déclenchement, suivi et enregistrement des opérations d’épandage
Il revient à l’autorité compétente, désignée dans l’étude préalable et le programme prévisionnel, d’enclencher les opérations d’épandage à la date voulue et d’assurer les relations entre opérateurs et agriculteurs, en même temps que la circulation des informations et données.

Une présence sur le terrain est indispensable pour vérifier la bonne marche des opérations.
L’agriculteur doit recevoir les informations sur les quantités réellement épandues sur ses parcelles, les analyses correspondantes de boues et les conseils de fumure complémentaire.

L’ensemble des informations et données produites tout au long des épandages, et notamment les apports parcelle par parcelle, sont consignées dans le “registre des épandages”.

3. Rendre compte
Une fois l’année d’épandage terminée, le producteur de boues doit rédiger un bilan agronomique en exploitant les données du registre d’épandage (boues produites, analyses, apports au sol, opérateurs). Ce bilan est transmis au préfet. Une synthèse du registre des épandages est diffusée auprès des agriculteurs en même temps qu’il est remis au service chargé de la police de l’eau. Il peut avantageusement être adressé aux communes concernées. La synthèse du registre d’épandage est communicable aux tiers par le préfet sur leur demande.

 



L’avenir est aux démarches Qualité formalisées

L’expérience accumulée en matière d’épandage de boues d’épuration étant importante, les méthodes de travail sont aujourd’hui bien rodées et permettent d’envisager la mise en place de démarches Qualité.

Un grand nombre de documents ont été publiés sur ce sujet ces dernières années (agences de l’eau, chambres d’agriculture, SYPREA).

La maturité professionnelle est désormais suffisante pour franchir une étape supplémentaire et envisager une formalisation encore plus poussée des procédures d’organisation des épandages. Certains cabinets d’ingénierie sont certifiés ISO 9000 ou en voie de l’être.
Une certification de service par QUALICERT est en cours d’élaboration au niveau national à l’initiative du SYPREA avec le soutien de l’ADEME. Un document guide européen sur les “bonnes pratiques de l’épandage des boues” est élaboré par un groupe de normalisation (CEN TC 308).
 

 

 



La place des intervenants selon la taille des stations

- Dans les petites stations d’épuration

C’est souvent l’agriculteur qui, tout à la fois, transporte et épand les boues d’épuration, souvent sous forme liquide, avec une simple tonne à lisier.

Un cadrage annuel est assuré par la chambre d’agriculture locale ou un bureau d’étude.

Les CUMA (coopératives d’utilisation du matériel agricole) ou les entreprises de travaux agricoles (ETA), fort actives en milieu rural, peuvent aussi intervenir comme opérateur dans les épandages car elles disposent déjà de matériels spécialisés et performants (tonnes à lisier avec rampe d’épandage par exemple).

- Dans les stations moyennes à grandes

L’organisation se complexifie. L’implication des agriculteurs dans les opérations d’épandage est généralement plus rare.

Il est fait appel à des intervenants spécialisés : un intervenant transport et un intervenant épandage, disposant eux-mêmes de matériels spéciaux.

L’organisation des opérations est alors souvent confiée à des prestataires privés, spécialisés dans ce domaine. En 1994, un Syndicat des professionnels du recyclage en agriculture (SYPREA) a été créé en France, regroupant les principaux bureaux d’ingénierie.

• Le rôle de l’administration

Avec la réglementation sur l’épandage des boues de 1997-1998, l’administration voit son rôle de contrôle renforcé et précisé. De plus, un intervenant nouveau apparaît : pour valider les données fournies par le producteur de boues dans le cadre de l’autosurveillance des épandages, le préfet peut mettre en place un suivi agronomique des épandages et mandater un organisme indépendant, choisi en accord avec la chambre d’agriculture.

Enfin, vu le nombre élevé d’analyses demandées (sols et boues), les laboratoires d’analyses sont aussi des acteurs importants des filières d’épandage (fiabilité des résultats, garantie sur les délais).


• Les infrastructures et les équipements

a. Le stockage des boues : une importance stratégique !

Compte-tenu de la réglementation (directive nitrates notamment) et des cycles culturaux observés en France métropolitaine, il existe deux grandes périodes d’épandage : le printemps (mars-avril) et la fin d’été-début d’automne (août-septembre-octobre). En dehors de ces périodes, les boues continuent à être produites et il convient donc de les stocker.

En général six à neuf mois de stockage sont à prévoir.

Des ouvrages adaptés doivent être aménagés de préférence sur le site de la station : ces travaux sont normalement prévus dans la phase de construction de la station d’épuration.

Dans les moyennes et grandes stations, le périmètre d’épandage étant plus éloigné (10 à 30 km), il est judicieux de créer des stockages décentralisés à proximité des zones d’épandage. Ainsi, les délais entre transport et épandage sont les plus courts possibles lors des périodes d’épandage favorables.

Mais dans le contexte actuel de remise en cause des filières d’épandage, l’acceptation de ces stockages par les mairies et les populations locales est très difficile.

 
 


COMMENT STOCKER LES BOUES D’ÉPURATION ?

 


• Les boues liquides sont stockées dans des silos à la façon des lisiers agricoles, avec un agitateur pour homogénéiser les boues avant épandage.

• Les boues pâteuses, de consistance molle, doivent être stockées dans des fosses ou autres dispositifs assurant une contention des matières.
Une couverture du stockage est fortement conseillée.

• Les boues de structure solide peuvent être stockées sur de simples dalles de béton, mais il est préférable de prévoir une couverture : hangar si possible, ou simples bâches.

• Les boues séchées thermiquement se présentent de la même manière que des engrais minéraux granulés et requièrent le même type d’installations de manutention et de stockage.

Des stockages conçus pour gérer les boues par lot. Pour formaliser la gestion par lot des boues produites, dans le cas de boues non liquides, des murets de séparation (béton ou bois) peuvent être montés de façon à isoler chaque lot de production. Pour des boues liquides, l’idéal est de disposer de deux unités de stockage, une unité principale pour le stockage longue durée, une plus petite unité qui sert de pré-stockage.



 

Stockage de boues liquides en silo.

 

 

Stockage de boues pâteuses en fosse bétonnée.
Un panneau identifie le lot de boues.

 


Le stockage temporaire des boues à même le sol est déconseillé.

Si les boues ne sont pas stabilisées, ce stockage ne peut excéder 48 h.

Il peut être plus long si les boues sont solides et stabilisées. Mais il faut prévenir tout risque de ruissellement ou de percolation rapide des jus, et respecter les distances-limites vis-à-vis des habitations, cours d’eau, etc. (voir fiche : "Contraintes réglementaires pour l'aptitude des boues à l'épandage"). En pratique, des stockages dûment aménagés sont préférables.

L’installation de stockage doit prévoir également des aménagements pour faciliter l’échantillonnage des stocks en place, et en toute sécurité (analyses agronomiques un mois environ avant les épandages).
 

 
 
 


b. Les matériels d’épandage

Un chantier bien conçu vise à épandre le maximum de boues dans le minimum de temps, de façon à minorer les nuisances de chantiers (bruits, odeurs) et à bénéficier au maximum de la fenêtre météorologique favorable.

Les matériels sont choisis selon la consistance physique des boues :

- boues liquides : tonne à lisier (si possible avec rampes d’épandage ; parfois avec coutres enfouisseurs) ou rampe d’aspersion basse pression qui évite les brouillards fins.

 
 


Epandage « rendu-racine » de boues liquides


 
 


- boues pâteuses ou solides : matériels spécialisés avec épandeurs à plateaux

Les matériels font l’objet de réglage et de contrôle pour épandre précisément la dose fixée. Pour chaque chantier, il convient de vérifier la surface épandue avec le contenu des premiers épandeurs, recouvrement de passage compris, et d’ajuster le réglage en conséquence.

Les réglages seront choisis pour optimiser l’émiettement du produit et la régularité de sa répartition. Le chauffeur doit être formé à la conduite de l’appareil. Il est conseillé de remplir un bon de livraison après épandage de chaque parcelle. Certains prestataires préfèrent établir un unique état récapitulatif des livraisons par agriculteur à l'issue de la campagne d'épandage.

Pour la circulation dans le champ, l’épandeur doit posséder les équipements prévus pour limiter les dégradations, en correspondance avec son tonnage : pneumatiques basse pression, double ou triple essieux, essieu suiveur…

La zone de chargement sera prévue pour limiter les dommages aux parcelles.

 
 

Détail de la table d’épandage d’un épandeur de boues pâteuses ou solides avec disques à ailettes.


 
 


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