«Le XXIème siècle devrait être le nouvel âge d'or du végétal », estime Maurice Dohy, chef du département Bioressources à l’ADEME. La biomasse contient les mêmes constituants de base que les hydrocarbures fossiles. Elle a donc vocation à être aussi bien une source d'énergie que de matière première pour la chimie. Surtout que les bioproduits énergétiques et industriels sont biodégradables et comportent peu de composés organiques volatils (COV) nocifs.
En plus, la biomasse, qui est renouvelable et recycle
du CO2 grâce à la photosynthèse,
peut être produite localement. Ce qui permettrait
de réduire la dépendance de la France
et d’offrir de nouveaux débouchés
à la filière agricole.
UNE NOUVELLE AVENTURE INDUSTRIELLE
Le plan national biocarburants récemment lancé par le Gouvernement vise un triplement de la production actuelle en 2008 pour atteindre 2,9 Mt (5,75 % de la consommation totale).
Un objectif accessible car la filière agro-industrielle
des biocarburants est opérationnelle. Dans
la pétrochimie, qui représente 4 % de
la consommation mondiale de pétrole (10 % en
France), l’augmentation des prix de l’or
noir devrait amener les industriels à se tourner
vers la biomasse, qui constitue la seule matière
première renouvelable substituable au pétrole
et ouvre un champ d'innovation considérable.
« Avec un baril à plus de 50 $, elle
ne sert plus seulement à alimenter des marchés
de niche mais elle aura vocation à fournir
des matières premières pour les substrats
de base de la chimie organique », explique
Maurice Dohy. A condition bien sûr que les industriels
disposent de végétaux et de techniques
de transformation adaptés et performants. Ce
qui passe par un effort important de recherche et
développement.
UN PROGRAMME
SUR LES BIOÉNERGIES
L’ADEME et quatre ministères ont créé
en 1994 le programme national de recherche sur les
bioproduits AGRICE, qui a soutenu à ce jour
plus de 300 projets pour une valeur d'investissement
totale de 90 M€, aidés à 33 %.
L’accent a été mis au départ
sur les biocarburants de première génération,
qui sont aujourd’hui arrivés à
maturité. La chimie représente maintenant
plus de 70 % de son activité, surtout dans
le domaine des biolubrifiants, une technologie qui
a fait ses preuves pour certaines applications (moteurs
deux temps, chaînes de scie, etc.) ; des tensioactifs,
d’application courante dans les produits cosmétiques
et de nettoyage ; des solvants, présents dans
les produits phytosanitaires et de nettoyage ainsi
que les encres d’imprimerie ; et des polymères,
qui servent notamment à la fabrication d’emballages.
Mais la filière des bioproduits n'exploite aujourd'hui qu'une fraction du végétal. Les biocarburants actuels, par exemple, sont issus des organes de réserve de la plante. Or, les surfaces agricoles utilisables sont limitées, compte tenu des usages concurrents. Il est donc nécessaire d'augmenter la productivité de la biomasse en transformant la plante entière, c'est-à-dire avec sa partie lignocellulosique. Par ailleurs, il existe un potentiel considérable de production de bioénergies par l’action de micro-organismes. L’objectif à long terme est de valoriser l’ensemble de la biomasse dans une approche intégrée de type bioraffinerie.
TRANSFORMER
LA PLANTE ENTIÈRE
C’est pour répondre à ces défis
que l’ADEME a initié en 2005 un programme
national de recherche sur les bioénergies,
financé par l’Agence nationale de la
recherche. L’objectif, concernant les biocarburants,
est de parvenir à maîtriser les procédés
thermochimiques ou biologiques de conversion de la
biomasse lignocellulosique. Le passage à une
opération de démonstration industrielle
est envisagé à l’horizon 2010-2015.
L’appel à projets 2006 a ouvert un deuxième
volet : la production de bioénergies telles
que l’hydrogène par les voies physio-chimiques
ou biologiques, et les acides gras, par l’action
de micro-organismes avec l’action des biotechnologies.
« Le champ d'investigation est vaste, précise
Maurice Dohy. Mais il sera d’autant mieux
exploité que les acteurs seront sensibilisés
à l'intérêt de la chimie du végétal.
» L'ADEME a donc créé en
2001 un Centre d'intelligence économique sur
les produits renouvelables et l'effet de serre, PRONOVIAL,
afin de produire et diffuser de l’information
technico-économique et sociétale portant
sur les entreprises, les marchés et les innovations.
Pour que le XXIe siècle soit réellement
végétal.