Mensuel à destination des entreprises et des collectivités territoriales

 N° 112 / octobre - novembre 2006 Lettre | Dossier | Newsletter S'abonner | Archives 
La recherche dope
les bioproduits et les bioénergies
Le végétal constitue une véritable alternative au pétrole pour les carburants
et la chimie organique. Comme il est renouvelable et recycle le CO2, il représente un levier majeur dans la lutte contre le changement climatique. L’ADEME mène actuellement deux programmes de recherche visant à développer les bioproduits et les bioénergies.

«Le XXIème siècle devrait être le nouvel âge d'or du végétal », estime Maurice Dohy, chef du département Bioressources à l’ADEME. La biomasse contient les mêmes constituants de base que les hydrocarbures fossiles. Elle a donc vocation à être aussi bien une source d'énergie que de matière première pour la chimie. Surtout que les bioproduits énergétiques et industriels sont biodégradables et comportent peu de composés organiques volatils (COV) nocifs.
En plus, la biomasse, qui est renouvelable et recycle du CO2 grâce à la photosynthèse, peut être produite localement. Ce qui permettrait de réduire la dépendance de la France et d’offrir de nouveaux débouchés à la filière agricole.

UNE NOUVELLE AVENTURE INDUSTRIELLE
Le plan national biocarburants récemment lancé par le Gouvernement vise un triplement de la production actuelle en 2008 pour atteindre 2,9 Mt (5,75 % de la consommation totale).
Un objectif accessible car la filière agro-industrielle des biocarburants est opérationnelle. Dans la pétrochimie, qui représente 4 % de la consommation mondiale de pétrole (10 % en France), l’augmentation des prix de l’or noir devrait amener les industriels à se tourner vers la biomasse, qui constitue la seule matière première renouvelable substituable au pétrole et ouvre un champ d'innovation considérable. « Avec un baril à plus de 50 $, elle ne sert plus seulement à alimenter des marchés de niche mais elle aura vocation à fournir des matières premières pour les substrats de base de la chimie organique », explique Maurice Dohy. A condition bien sûr que les industriels disposent de végétaux et de techniques de transformation adaptés et performants. Ce qui passe par un effort important de recherche et développement.

UN PROGRAMME SUR LES BIOÉNERGIES
L’ADEME et quatre ministères ont créé en 1994 le programme national de recherche sur les bioproduits AGRICE, qui a soutenu à ce jour plus de 300 projets pour une valeur d'investissement totale de 90 M€, aidés à 33 %. L’accent a été mis au départ sur les biocarburants de première génération, qui sont aujourd’hui arrivés à maturité. La chimie représente maintenant plus de 70 % de son activité, surtout dans le domaine des biolubrifiants, une technologie qui a fait ses preuves pour certaines applications (moteurs deux temps, chaînes de scie, etc.) ; des tensioactifs, d’application courante dans les produits cosmétiques et de nettoyage ; des solvants, présents dans les produits phytosanitaires et de nettoyage ainsi que les encres d’imprimerie ; et des polymères, qui servent notamment à la fabrication d’emballages.

Mais la filière des bioproduits n'exploite aujourd'hui qu'une fraction du végétal. Les biocarburants actuels, par exemple, sont issus des organes de réserve de la plante. Or, les surfaces agricoles utilisables sont limitées, compte tenu des usages concurrents. Il est donc nécessaire d'augmenter la productivité de la biomasse en transformant la plante entière, c'est-à-dire avec sa partie lignocellulosique. Par ailleurs, il existe un potentiel considérable de production de bioénergies par l’action de micro-organismes. L’objectif à long terme est de valoriser l’ensemble de la biomasse dans une approche intégrée de type bioraffinerie.

TRANSFORMER LA PLANTE ENTIÈRE
C’est pour répondre à ces défis que l’ADEME a initié en 2005 un programme national de recherche sur les bioénergies, financé par l’Agence nationale de la recherche. L’objectif, concernant les biocarburants, est de parvenir à maîtriser les procédés thermochimiques ou biologiques de conversion de la biomasse lignocellulosique. Le passage à une opération de démonstration industrielle est envisagé à l’horizon 2010-2015. L’appel à projets 2006 a ouvert un deuxième volet : la production de bioénergies telles que l’hydrogène par les voies physio-chimiques ou biologiques, et les acides gras, par l’action de micro-organismes avec l’action des biotechnologies. « Le champ d'investigation est vaste, précise Maurice Dohy. Mais il sera d’autant mieux exploité que les acteurs seront sensibilisés à l'intérêt de la chimie du végétal. » L'ADEME a donc créé en 2001 un Centre d'intelligence économique sur les produits renouvelables et l'effet de serre, PRONOVIAL, afin de produire et diffuser de l’information technico-économique et sociétale portant sur les entreprises, les marchés et les innovations. Pour que le XXIe siècle soit réellement végétal.





Quelques chiffres

Les cultures agricoles à vocation industrielle représentent en France près de 800 000 hectares, soit 4 % des terres arables, dont :
- 330 000 ha pour les biocarburants ;
- 140 000 ha pour la production de dérivés chimiques des oléagineux et des plantes glucidiques (alcool éthylique pour la chimie …).

D’ici 2020, selon une projection de l’ADEME, la surface consacrée aux bioproduits devrait monter à 3,5 Mha, dont 0,6 Mha pour la chimie et les matériaux et 2,9 Mha
pour les productions énergétiques.
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 CONTACT

Maurice Dohy
Tél. : 02 41 20 43 27
maurice.dohy@ademe.fr