Les chiffres clés  
 

• Intitulé «Développement de formulations de tensio-actifs désémulsionnants à base d’esters de polyglycérols», le programme
de recherche d’Agrice a duré deux ans,
de 2003 à 2005.

• Il a coûté 486 760 €

• L’ADEME en a financé 148 000 €

 
 
 

 

Industrie pétrolière
Eau-pétrole : une séparation sans dommages

Sur les forages, une opération s’avère particulièrement polluante : la séparation de l’eau et du pétrole. C’est pourquoi l’ADEME a lancé un appel à propositions pour la réalisation de désémulsionnants respectueux de l’environnement.

Comment séparer l’eau du pétrole? Cette question, tous les producteurs de pétrole se la posent. Que leur forage soit en mer ou sur terre, l’or noir qu’ils remontent contient naturellement une part d’eau. Un pourcentage qui augmente lorsque la production de pétrole décline. Jusqu’à présent, les industriels utilisaient des additifs désémulsionnants à base de dérivés tensio-actifs et de polymères. Des produits généralement toxiques pour l’environnement et non biodégradables qui, le plus souvent, sont rejetés dans l’environnement, à l’exception de zones où ces rejets sont soumis à une réglementation stricte.

La nécessité de trouver de nouveaux produits
«L’ADEME coordonne depuis 1994 le groupement d’intérêt scientifique Agrice (Agriculture pour la chimie et l’énergie) qui finance et anime la recherche sur les nouvelles valorisations des produits et coproduits agricoles dans les domaines de la chimie, des matériaux et de l’énergie. En 2002, Agrice a lancé un appel à projets portant notamment sur la réalisation de tensio-actifs verts», explique Léonard Boniface, ingénieur à l’ADEME. L’Institut français du pétrole (IFP), organisme public de recherche et de formation, et Oleon, entreprise belge spécialisée dans l’oléochimie, ont été retenus pour ce programme scientifique de deux ans, financé par l’ADEME et Agrice.
«La difficulté a consisté à concevoir de nouveaux produits, plus respecteux de l’environnement mais tout aussi efficaces que ceux utilisés habituellement, afin de convaincre l’industrie pétrolière, très conservatrice dans ses méthodes d’extraction», explique Christine Dalmazzone, à la direction Chimie et Physico-chimie appliquées de l’IFP. Au terme de l’étude, fin 2005, l’IFP est parvenu à sélectionner des produits à base d’esters d’origine renouvelable (colza, tournesol) qui, comparés aux meilleurs composés commerciaux, offrent des résultats très positifs. «Ils sont plus biodégradables et non toxiques», souligne Christine Dalmazzone. La commercialisation de ces produits revient à la société Oleon, qui approche les responsables de production de groupes pétroliers en Europe et au Moyen-Orient pour qu’ils évaluent, dans un premier stade, l’efficacité de ces produits en fonction des caractéristiques techniques propres à chaque champ pétrolier. Mais même si l’efficacité est démontrée, tant l’aspect économique que l’attitude très conservatrice de cette industrie restent un obstacle à ne pas sous-estimer. Une longue période sera sans doute nécessaire pour l’implémentation et la reconnaissance de ces nouveaux désémulsionnants plus propres comme alternative viable aux solutions actuelles.

Réglementations et initiatives internationales
Les États ont aussi un rôle à jouer. Grâce à la Convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est (Ospar) de 1992, la réglementation contraint les plateformes de la mer du Nord à limiter leurs rejets et à utiliser des additifs moins toxiques, ce qui est un bon point pour les désémulsionnants de l’IFP. L’Ospar a édicté une stratégie visant l’industrie pétrolière et gazière pour prévenir et supprimer la pollution, et protéger sa zone maritime contre les effets préjudiciables des activités offshore. Objectifs: sauvegarder la santé de l’homme et préserver les écosystèmes marins et, lorsque cela est possible, rétablir les zones marines qui ont subi des effets préjudiciables. Cette stratégie prévoit l’application du principe de précaution du pollueur-payeur, de l’utilisation des meilleures techniques disponibles et de la meilleure pratique environnementale ainsi que du développement durable.
Pour mettre en œuvre une approche «écosystémique intégrée» en matière de gestion des activités pétrolières, la commission de l’Ospar privilégie la hiérarchie de gestion des déchets, impliquant leur non-production, leur réduction, leur réutilisation, leur recyclage, leur récupération, et enfin leur élimination.