Biocarburants
On fait le plein, du nord au sud Pour réduire leur dépendance pétrolière, de nombreux pays s’engagent dans la production de biocarburants. Les pays du Sud, comme le Brésil ou le Mali, montrent la voie. À suivre avec précaution pour ne pas en venir à concurrencer les cultures alimentaires.
Les biocarburants constituent aujourd’hui un des moyens immédiats et efficaces de lutter contre le changement climatique. Selon l’Institut français du pétrole (IFP), utilisés purs, ils peuvent induire un gain de 90% des rejets de GES pour les filières les plus efficaces. Ils réduisent aussi la dépendance au pétrole et intéressent, du coup, de nombreux pays. Le Brésil s’est lancé dans la production d’éthanol après le premier choc pétrolier de 1973. «Grâce à une politique très volontariste, le pays est parvenu à substituer 20 à 25% de sa consommation de pétrole par de l’éthanol fabriqué à partir de canne à sucre», explique Maurice Dohy, chef du département Bioressources à l’ADEME. La Commission européenne a fixé un objectif de 10% de consommation de biocarburants d’ici 2020, tandis que les États-Unis visent une production de 15% de ceux-ci à l’horizon 2017.
Nécessaires investissements
Face à l’avance du Brésil, les autres pays doivent assurer une subvention très importante pour garantir la compétitivité de leurs filières. Les États-Unis auraient injecté en 2006 entre 5 et 7 milliards de dollars dans l’industrie d’éthanol. L’Europe, très en retard dans ce secteur, domine en revanche le marché des esters méthyliques d’huiles végétales (EMHV), ou biodiesels. Leur production a atteint 3 Mt en 2005, avec un taux de croissance annuel moyen de 35% sur les cinq dernières années.
Les pays du sud dans la course
D’autres pays envisagent de se lancer : l’Inde, deuxième producteur mondial de canne à sucre, souhaite introduire 5% d’éthanol dans ses moteurs automobiles. Elle a également initié un projet de biodiesel à partir d’huile de jatropha, qui est une plante au fruit riche en huile. Des projets pour tenter de diminuer la dépendance pétrolière existent dans d’autres pays. Notamment en Afrique, des recherches sont en cours afin de produire de l’éthanol à base de canne à sucre ou de sorgho sucré. Le biodiesel est également une possibilité étudiée. Il peut être obtenu à base d’huile de coton ou d’huile de jatropha, huile non alimentaire. Le jatropha, ou encore pourghère, fait d’ailleurs l’objet d’un Plan national de valorisation au Mali qui mène des opérations pilotes afin d’alimenter des groupes électrogènes dans les villages depuis 2005. L’ADEME, pour sa part, soutient un programme de recherche au Mali et au Bénin, en partenariat avec le Groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités (Geres), association spécialisée dans les projets de développement durable dans les pays du Sud. Elle finance environ 80% d’une étude de faisabilité supervisée par Michel Courillon, sur l’alimentation des services énergétiques villageois en biocarburant et notamment en huile brute de pourghère. Le principal inconvénient des biocarburants est le risque de concurrence avec les cultures alimentaires. «10% de substitution des consommations d’essence et de gazole en Europe et aux États-Unis nécessiteraient respectivement de l’ordre de 20% et de 25% des terres arables dans ces régions», indique l’IFP. Pour dépasser es limites, il faudra réussir à industrialiser les biocarburants dits de deuxième génération, produits à partir de biomasse lignocellulosique: bois ou paille.
|