POURQUOI ENTREPRENDRE UN PDE ?
Les transports sont responsables de 35 % des rejets de CO2 (dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre) et représentent 28 % des émissions de gaz à effet de serre ainsi que 66 % de la consommation finale de produits pétroliers. Les transports urbains émettent chaque année plus de 50 millions de tonnes de CO2 dont près de la moitié pour les déplacements professionnels. Sur ce total, la part de
la voiture est prépondérante puisqu'elle produit 65 % du CO2, 60 % des COVNM, 62 % des NOx, 42 % des particules… (sources ADEME, MIES CITEPA).
La mise en œuvre d'un PDE a principalement pour objectif de contribuer à la réduction de l'effet de serre. Les gains pour la collectivité se comptent en amélioration de la qualité de l'air, en qualité de vie pour les habitants, mais aussi en termes de dynamisme économique. Si de plus en plus d'organismes consulaires s'impliquent, c'est également parce que la facilité — ou la difficulté — des déplacements est aujourd'hui au cœur de l'attractivité économique d'un territoire. Selon Philippe Bertrand, de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble, « pour que l'activité économique d'une ville puisse continuer de prospérer, il faut la libérer de ses encombrements. Si une entreprise ne peut travailler en juste-à-temps en raison de difficultés de circulation, elle sera fragilisée ou pourra décider de s'installer ailleurs ».
Du point de vue de l'entreprise, les motivations de bonne gestion peuvent être décisives. Une place de parking en surface représente par exemple un investissement de 1 500 à 2 500 euros hors charge foncière et, pour des sites d'entreprise éloignés ou mal desservis par des transports en commun, le recrutement d'un salarié implique aussi, le plus souvent, “l'embauche” de sa voiture. Ainsi, même si le coût du trajet est principalement supporté par le salarié, les frais induits sont loin d'être négligeables pour l'employeur, d'autant plus que s'ajoutent les retards, les absences, le stress dus aux encombrements ou aux difficultés de transport... Ce qui est vrai pour les salariés l'est bien sûr également pour les clients et les fournisseurs : « Comment se développer, comment développer un territoire lorsqu'on ne peut plus livrer ni être livré dans des délais raisonnables ? », ajoute Philippe Bertrand.
L'élaboration et la mise en œuvre d'un Plan de Déplacements d'Entreprise permettent de maîtriser et d'optimiser ces coûts visibles ou masqués. Elles permettent aussi d'anticiper une réglementation des déplacements qui ne peut que se durcir.
Côté salariés, observons simplement que trois actifs sur cinq travaillent hors de leur commune de résidence avec une distance moyenne domicile-travail de 15 km (source INSEE 2001) et qu'une personne se rendant chaque jour en voiture à son travail distant de 20 km dépense 3 000 euros par an pour ces trajets.
QUAND ?
Les PDE concernent les entreprises existantes. Mais la question des déplacements est également déterminante dans le choix d'un site pour toute nouvelle installation et doit être anticipée.
Ainsi, certains PDE sont élaborés au niveau d'une zone d'activité et, très en amont, des aménageurs s'approprient le concept pour définir leurs projets.
COMMENT ?
L’importance du diagnostic
Il n'y a pas de plan de déplacements sans “bilan de mobilité initial”.
Afin de tracer cet “état zéro”, un groupe de pilotage est constitué, pouvant comprendre des consultants spécialisés et des partenaires (des représentants de l'ADEME, de la collectivité territoriale…).
Les autorités organisatrices de transports urbains — AOTU —commencent également à se doter de conseillers en mobilité notamment au service des entreprises pour la mise au point de leur PDE.
L'objectif est de connaître le budget transport de l'entreprise et des collaborateurs selon les modes de transports utilisés en faisant la part des coûts fixes (frais de transports, location de parkings… ), des coûts variables (dépenses et indemnités kilométriques, consommation des véhicules société, remboursement des abonnements…) et des investissements (stationnement, infrastructures diverses).
Le diagnostic doit aussi permettre de connaître l'accessibilité au site : les différentes possibilités d'accès, les conditions et les temps de parcours, les points noirs, les capacités de stationnement.
Cette première étape permet de déterminer des objectifs chiffrés en fixant des priorités et des échéances (objectifs en termes de report modal, de réduction des besoins de déplacement...) et de mettre en perspective les actions à réaliser.
Une panoplie d’actions possibles
Les actions combinées dans le cadre du PDE peuvent être très diversifiées. Avec l'AOTU et son conseiller en mobilité, il peut être possible de développer l'offre existante de transports publics, par exemple par la mise en place d'un nouvel arrêt de bus ou l'aménagement des horaires de passage. L'entreprise peut aussi favoriser l'utilisation des transports publics en organisant l'achat en commun des titres de transport, en participant financièrement aux abonnements, en créant une navette entre son site et une ligne de transport…
Chaque action répond à une situation spécifique comme dans ce cas où il avait suffi d'ouvrir un nouvel accès au site, à l'opposé de celui existant pour réduire de plusieurs centaines de mètres la distance à parcourir à pied jusqu'à la gare toute proche… En règle générale, la promotion des modes de transports “doux”
— marche, vélo — valorise l'image de l'entreprise, contribue au mieux-être de ses salariés… pour un coût faible. On peut pour cela faciliter et sécuriser le stationnement des vélos, créer un local pour le petit entretien, aménager un vestiaire avec douches, mettre en place des accès privilégiés pour ces modes de transport, aider à l'acquisition de vélos…
Favoriser une utilisation plus mesurée de la voiture peut passer par l'incitation au covoiturage ou à l'auto-partage, en établissant par exemple un système de mise en relation sur l'intranet de l'entreprise ou en réservant des places de stationnement aux “covoitureurs”, ce qui a aussi pour effet mécanique, en réduisant le nombre de places disponibles, de dissuader les automobilistes à venir seuls avec leur voiture.
En plus des actions visant le changement des modes de transports, d'autres peuvent s'attaquer plus radicalement aux besoins de déplacements eux-mêmes.
C'est aujourd'hui possible avec le déploiement de nouvelles technologies de l'information et de la communication comme la visio-conférence ou le télétravail.
Le rôle essentiel de l’animateur
L'expérience montre le rôle essentiel de l'animateur PDE. Personne ressource, il est choisi parmi les collaborateurs de l'entreprise et son engagement est la clé du succès.
Il est le médiateur entre la direction et les salariés, il accompagne les actions, les suit et les relance. Il mesure les effets, maintient l'élan, assure la pérennisation de la démarche qui doit être un processus continu.
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L'exemple de Grenoble |
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Le fabricant de composants ST Microelectronics y a été pionnier dans le domaine des PDE. Entreprise à forte croissance, son effectif salarié augmente au rythme d'environ 200 personnes chaque année. Elle se donne cinq ans pour convaincre au moins 50 % de ses collaborateurs de ne plus venir travailler en voiture et économiser ainsi des places de parking dévoreuses d'espace et coûteuses en termes d'investissement. En termes d'efficacité énergétique, les résultats obtenus sont de 29,7 % d'économie sur les consommations de carburant (soit 241,6 tep/an) et 29 % de réduction d'émissions de CO2, ce qui représente un gain de 92 268 e/an en coûts externes pour la collectivité
(source ADEME 2004).
S'appuyant sur cet exemple, la Chambre de commerce et d'industrie a mis au point une politique et des outils de promotion des PDE auprès des entrepreneurs de la région : brochure de sensibilisation, guide méthodologique préconisant notamment l'utilisation de systèmes de cartographie pour visualiser les adresses des salariés et révéler ainsi les gisements d'optimisation disponibles, mise en contact avec des cabinets spécialisés… Elle a lancé Ecobiz.biz, “la communauté des managers de mobilité”, avec forum, documentation en ligne, témoignages… Comptant 3 sites et 550 salariés, elle a demandé à la délégation régionale Rhône-Alpes de faire partie du comité de pilotage de son propre PDE.
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Parking à vélos de l'entreprise ST Microelectronics. © O.Sébart / ADEME |

Point d'information du public
à l’Institut Gustave Roussy. © Gilles Plagnol / ADEME
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Mise à disposition de véhicules
grâce à un système de puce.
© D.R. |

Les entreprises se tournent de plus en plus
vers le co-voiturage. © Doc. Voiture and Co.
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D'autres initiatives partout en France |
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- à Besançon, sept établissements publics se sont associés pour monter un PDE commun.
- En Seine-et-Marne, 650 employés de Disneyland utilisent régulièrement le système de covoiturage, mesure phare du système. Des vélos sont mis à disposition pour les trajets professionnels ou déplacements domicile-travail.
- À La Rochelle, un parking-relais destiné aux activités de centre-ville a été créé et les salariés bénéficient d'abonnements domicile-travail à tarif préférentiel.
- La DDE du Gard a mis en place des mesures simples et peu coûteuses : données rassemblées sur Intranet pour aider les salariés à utiliser un autre mode de transport que la voiture, mise à disposition de cartes de bus gratuites pour les déplacements professionnels…
- Dans le Val-de-Marne, un système de navettes express relie l'Institut Gustave Roussy (établissement hospitalier) à une station de métro et un bureau de mobilité, le Point-Info Transport, a été créé.
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