La lettre ADEME décembre 2002 - janvier 2003

 N° 24 / Décembre 2002 - janvier 2003 Lettre | Dossier | Newsletter Archives 
Optimiser la ventilation

Outre les enjeux de santé et de confort, un bon équipement de ventilation offre un excellent retour sur investissement en permettant une économie importante d’énergie. Les axes de progrès concernent notamment la modulation des débits selon l’utilisation des locaux et la qualité des installations par l’amélioration de l’étanchéité des réseaux.

« La ventilation, qui représente une très faible part de l’investissement immobilier (moins de 1 %), est une affaire de spécialistes et il faut lui accorder toute l’attention qu’elle mérite », affirme Marie-Claude Lemaire. Par exemple, un test sur 6 bâtiments du tertiaire, mené par l’ADEME selon la méthode suédoise de contrôle de la qualité des installations, a permis de constater de nombreux défauts sur les installations existantes : entretien insuffisant, usure prématurée de certains composants, mauvaise conception, débits inadaptés, ventilateurs en panne…
Cependant les choses changent : la nouvelle réglementation du bâtiment en vigueur depuis le 1er juillet 2001 prend davantage en compte les questions de ventilation. Elle a mis en place des exigences sur l’étanchéité des réseaux, la consommation des ventilateurs, la modulation des débits… L’appel à projets lancé en 2002 par l’ADEME pour préparer la nouvelle génération de bâtiments plus performants illustre cette préoccupation puisque sur 40 projets retenus, 11 concernent la ventilation et la qualité de l’air intérieur.
En France, depuis 1999, la qualité de l’air intérieur est prise en compte dans tous les “programmes énergie”, qu’il s’agisse du plan national de lutte contre le changement climatique, du programme national d’amélioration de l’efficacité énergétique ou du plan national habitat – construction développement durable.

Des systèmes dont aucun élément ne peut être négligé
De nombreux points concourent à l’optimisation de la ventilation : la conception du système (choix et implantation des composants, calculs des débits…), la qualité de l’installation (en particulier l’attention portée à l’étanchéité), la maintenance mais aussi le comportement des occupants. Il suffit d’un seul point défaillant pour affecter les performances de l’ensemble.
Phase importante de la conception, le diagnostic énergétique permet notamment d’examiner le système de ventilation, l’étanchéité des réseaux et la perméabilité de l’air des parois.
Les installations doivent être mises en œuvre dans les meilleures conditions, ce qui implique un effort particulier de formation vis-à-vis des installateurs.

Des procédés qui ajustent les débits de ventilation aux besoins réels
Les fabricants travaillent également au développement de techniques plus performantes permettant d’ajuster les débits de ventilation en fonction de l’occupation réelle de chaque partie du bâtiment. Les travaux de recherche portent sur plusieurs types de procédés.
La ventilation naturelle assistée, dite “ventilation hybride”, vise à compenser le tirage naturel des conduits de ventilation d’un bâtiment pour parvenir en permanence au débit de ventilation recherché. En effet, alors que le tirage naturel peut être excessif en période froide, il devient insuffisant lorsque la température extérieure s’élève. La ventilation hybride, dont les composants ne se mettent en marche que lorsque le besoin s’en fait sentir, permet d’ajuster le flux naturel tout en minimisant la consommation d’énergie.
La modulation des débits en fonction de l’occupation réelle des locaux est particulièrement adaptée aux immeubles tertiaires et aux équipements collectifs (bureaux, écoles, gymnases…) dont l’occupation est intermittente. La ventilation pendant les périodes d’inoccupation constitue en effet un gaspillage d’énergie d’autant plus important que le débit est réglé sur le nombre d’occupants maximum du local, quand bien même ce nombre est rarement atteint (cas des salles de réunion).
Deux techniques sont particulièrement développées dans ce domaine : l’une est basée sur des détecteurs de présence (comparables aux détecteurs utilisés dans les systèmes d’alarme) qui déclenchent et arrêtent la ventilation en fonction de la présence ou non d’occupant dans le local équipé. L’autre détecte et mesure le taux de C02 dans la pièce, ce qui permet d’ajuster plus finement la ventilation aux besoins de confort et de santé des occupants.
Quant à la ventilation double-flux, elle permet de récupérer la chaleur du flux de ventilation “sortant” au profit du flux “entrant”, minimisant ainsi les gaspillages d’énergie de chauffage.
« La réduction des consommations énergétiques, tout en respectant les seuils de renouvellement d’air imposés par les règlements d’hygiène, nécessite donc d’optimiser très finement la marche des équipements mais également la consommation énergétique propre des systèmes », confirme Marie-Claude Lemaire.
« Ceci implique des efforts importants de R & D sur des équipements dont le coût unitaire reste faible. D’où l’importance de l’accompagnement judicieux des pouvoirs publics aux travaux engagés par les professionnels afin d’obtenir les avancées techniques nécessaires. »


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Ventilateurs et conduits en toiture d’un bâtiment.
© R. Bourguet/ADEME

 La directive européenne  sur la performance  énergétique des  bâtiments
Les travaux menés dans divers pays européens ont permis d’enrichir la réflexion pour aboutir à une réglementation visant la consommation d’énergie des bâtiments. Cette directive européenne sur les bâtiments (adoptée en novembre 2002), qui concerne entre autres les systèmes de ventilation, oblige à certifier la performance énergétique des bâtiments neufs ou mis en vente ou en location et à fixer des exigences minimales pour les constructions neuves et pour les projets de rénovation. Elle prévoit le contrôle périodique des chaudières et systèmes de climatisation.


© B. Lesaing

 Filtration de l’air intérieur  au Laboratoire de  l’environnement de Nice
Inaugurés en 2000, les 2 150 m2 du Laboratoire de l’environnement de la ville de Nice sont implantés sur un terrain mitoyen de la station d’épuration des eaux, en limite de l’aéroport et en bordure de la Promenade des Anglais… En raison de la pollution extérieure élevée, la filtration de l’air extérieur était indispensable pour cet établissement où l’on pratique quotidiennement des analyses de “micro-traces” de pollution.
Les concepteurs du projet, accompagnés par l’ADEME, ont particulièrement soigné l’étanchéité du bâtiment afin d’éviter des entrées d’air parasites et ont équipé le système de ventilation de filtres au charbon actif. Non seulement la qualité des analyses est préservée, mais le confort des personnels a été fortement amélioré puisque l’étanchéité renforcée va de pair avec une excellente isolation acoustique.

 CONTACT  Marie-Claude Lemaire
marie-claude.lemaire@ademe.fr