| Une solution «2 en 1»
Solution séduisante pour le chauffage des agglomérations moyennes, les réseaux de chaleur alimentés par les énergies renouvelables combinent intérêts économique et écologique.
Apparus en 1877 aux États-Unis, les réseaux de chaleur arrivent en France en 1928. Après guerre, le cap des 200 unités est franchi. Une autre grande période de développement a lieu à la fin des années 70, au soir des chocs pétroliers. En 1985, on compte 307 réseaux, 373 en 1993, et 394 en 2002. Le total est aujourd’hui de 400 réseaux environ, auxquels il faut ajouter quelques dizaines d’unités de faible puissance. «Le rythme de la création de nouveaux réseaux est faible, mais il ne prend pas en compte les extensions de réseaux existants», précise Jean-Louis Bal, directeur des énergies renouvelables, des réseaux et des marchés énergétiques de l’ADEME. L’individualisation de l’habitat est évidemment le premier frein à cet essor, mais il n’est pas insurmontable. L’intérêt des réseaux de chaleur est à la fois économique, en contribuant à une meilleure stabilité des prix par la diversité des sources d’énergie, et écologique, car les réseaux améliorent la qualité de l’air dans la ville: leurs chaudières de forte puissance, dont on maîtrise bien le fonctionnement, sont éloignées des centres de vie. Côté énergies, on relève une part importante de charbon (13 %), de fioul lourd (13 %) et de gaz (16 % en valorisation thermique et 34 % en cogénération). La part des énergies renouvelables reste donc faible, bien que les réseaux soient le mode idéal pour utiliser les énergies renouvelables comme le bois ou la géothermie. La seconde est d’ailleurs très difficile à utiliser en dehors des réseaux de chaleur parce qu’elle exige des forages profonds et donc de lourds investissements. Le bois est assurément l’idéal : sa combustion produit certes du CO2, mais il a d’abord été un arbre qui en a capté toute sa vie… «Pour la filière bois-énergie, les réseaux de chaleur sont un axe de développement majeur», confirme Serge Defaye, président du Cibe (Comité interprofessionnel du bois-énergie).
Lever le frein fiscal
En atteste l’essor des petits réseaux en zone rurale et l’apparition de chaufferies bois sur des réseaux existants (à Besançon, par exemple). «Le réseau de chaleur est plutôt adapté aux concentrations urbaines denses et la ressource en bois est plutôt en zone rurale. Il faut donc trouver le type d’agglomération adapté à la ressource», explique Serge Defaye. En l’occurrence les villes de 3 000 à 20 000 habitants. Dernier argument en faveur du bois: les réseaux de plus de 20 MW sont soumis au Plan national d’allocation des quotas (PNAQ) de CO2. Passer au bois est une façon de diminuer ses émissions de CO2…Bien qu’elles ne se rangent que partiellement, par leur fraction organique, dans les énergies renouvelables, les unités d’incinération d’ordures ménagères (UIOM) produisent aussi de la chaleur: «Après le tri et le recyclage qui sont un préalable, il subsiste des déchets dont la destination est l’incinération, et récupérer la chaleur ainsi produite est une solution que nous encourageons», insiste Jean-Louis Bal. Seul obstacle: l’éloignement de la source, ces unités étant volontiers rejetées à la périphérie des villes. Mais le plus gros frein au développement des réseaux alimentés en énergies renouvelables a longtemps été celui de la fiscalité avec une TVA à 19,6 % sur la partie abonnement… contre 5,5 % pour les autres énergies. Il a fallu attendre l’été 2006 pour que cette TVA retombe à 5,5 %. La TVA sur la partie consommation a fait de même pour les réseaux faisant appel à plus de 60 % d’énergies renouvelables. En l’occurrence, le travail de l’ADEME et de son partenaire Amorce s’est montré décisif: «La promotion du bois-énergie et du développement des réseaux compte parmi nos activités essentielles», confirme Yann Oremus, chargé de mission réseaux de chaleur à l’Amorce.
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