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Interview « La recherche va devoir sonder de nouvelles sources de polluants »

Mis à jour le 21/11/2017

Moins impactée par les émissions de particules à l’échappement, la qualité de l’air dans les transports pourrait en revanche être altérée par les particules de freins ou issues des pneus. Un nouveau défi pour la Recherche.

Rencontre avec…

Sophie Mazoué, responsable RSE à la RATP
 
Laurent Gagnepain, ingénieur au service Transports et Mobilité à l’ADEME


Comment qualifierez-vous la qualité de l’air à l’intérieur des véhicules ?

Laurent Gagnepain : Il faut bien avoir à l’esprit que ce que l’on respire à l’intérieur d’un véhicule vient en grande part de l’extérieur ; en conséquence, les polluants présents dans l’air extérieur se retrouvent au sein du véhicule. La situation varie sensiblement d’un véhicule à l’autre, mais aussi en fonction des usages que l’on en fait. Je prends un exemple : si vous roulez en serrant de près le véhicule qui vous précède, vous allez directement respirer les gaz d’échappement qu’il émet.

L’habitacle peut également être à l’origine de pollutions : sous l’effet du soleil, notamment, certaines matières plastiques qu’il contient vont émettre des Composés organiques volatils (COV) plus ou moins préoccupants. Pour l’heure, il est difficile de se prononcer sur leurs effets car ce champ est encore peu investigué (que ce soit en termes de quantité d’émissions ou d’impact sur la santé humaine). Enfin, on remarque que les sources d’émissions ont sensiblement évolué : les émissions de particules à l’échappement ont diminué (grâce à la réglementation européenne qui a imposé depuis 2011 l’installation d’un filtre à particules sur tous les véhicules neufs) alors que les particules de freins et d’abrasion des pneumatiques sont devenues un vrai sujet d’interrogation. Il est donc difficile de répondre de façon tranchée à votre question : la qualité de l’air à l’intérieur des véhicules ne cesse d’évoluer.
 
Et quelle est la qualité de l’air sur le réseau de transport de la RATP ?

Sophie Mazoué : La qualité de l’air des espaces souterrains ferroviaires est satisfaisante avec, notamment, une teneur en oxyde d’azote inférieure à celle que l’on trouve dans l’environnement extérieur, pas d’ozone ou pas de SO2, par exemple. Les taux de particules restent élevés, mais ils sont toutefois en diminution constante. Et ces constats valent à la fois sur les quais, dans les correspondances ou dans les salles d’échange, autrement dit dans l’ensemble des environnements que fréquentent le public, mais également nos salariés.
Néanmoins, notre approche s’inscrit dans une logique d’amélioration continue dans les espaces souterrains comme extérieurs. À titre d’exemple, nous comptons rendre l’intégralité de notre flotte de bus écologique (GNV ou hybride) dès 2025.
 
Quels travaux de recherche l’ADEME accompagne-t-elle afin d’améliorer la qualité de l’air à l’intérieur des transports ?

L. G. : Nous sommes présents sur deux types de recherche : d’une part, nous soutenons des laboratoires qui analysent les polluants dans les habitacles des transports ferrés et routiers pour, in fine, mieux quantifier et caractériser les polluants présents à l’intérieur des véhicules. Mais nous accompagnons également des recherches qui visent à réduire cette pollution. Il peut s’agir de développer de nouveaux types de filtre à air habitacle ou des solutions qui permettront de mieux traiter les polluants présents dans les habitacles, par exemple. 

« L’ADEME soutient la recherche dans un double objectif : mieux quantifier et caractériser des polluants émergents et réduire cette pollution en développant de nouvelles technologies. » Laurent Gagnepain 

La RATP est également impliquée dans des travaux de recherche.

S. M. : La RATP finance de longue date des études sanitaires afin d’évaluer l’exposition des Franciliens lors de leurs déplacements domicile-travail en fonction des modes de transports qu’ils empruntent (à pied, à vélo, avec leur véhicule particulier, en utilisant le bus, le tramway, le métro ou le RER). Nous avons réalisé une première étude il y a vingt ans, puis une autre il y a dix ans et nous en menons une troisième (un projet CORTEA nommé CEATIC-RP) actuellement pour voir comment les expositions continuent d’évoluer. Ces travaux sont menés avec le laboratoire central de la préfecture de police et le Service parisien de santé environnemental et nous travaillons avec d’autres grands organismes (à l’instar de l’Institut national de recherche et de sécurité [INRS], par exemple) pour mener des études épidémiologiques qui permettront de déterminer les impacts possibles de l’exposition en souterrains sur la santé humaine.
 
Et en matière de solutions technologiques ?

S. M. : Nous avons notamment participé à une étude qui vise à tester un système de récupération des particules de frein émises par les matériels ferroviaires. À ce jour, le système nécessite encore quelques années de développement et n’est pas mature pour être utilisé. Enfin, nous choisissons nos matériels roulants bus et ferrés qui répondent aux meilleures technologies afin de déployer des matériels qui génèrent moins d’émissions polluantes (développement de la filière bus électrique et bio-GNV par exemple). Je pense bien sûr au matériel roulant, mais aussi aux véhicules de maintenance ou encore au petit outillage qu’utilisent nos salariés et qui seront à l’avenir tous à 100 % électriques.
 
Quels autres champs de recherche mériteraient d’être mieux investigués ?

L. G. : Les sources de polluants ont évolué : jusqu’à récemment, les véhicules diesel étaient les plus gros émetteurs de particules. À présent qu’ils sont équipés de filtres à particules efficaces, on note que les émissions de particules ne proviennent plus de ces moteurs, mais résultent très largement de l’abrasion des plaquettes de freins ou encore de l’usure des pneumatiques et ce quel que soit le type de motorisation : essence, Diesel, hybride ou électrique. Plusieurs centres de recherche ont initié des travaux pour quantifier et caractériser les particules d’abrasion des freins et des pneumatiques. Le sujet est d’autant plus préoccupant que ces particules contiennent beaucoup de métaux et que certaines se retrouvent d’ores et déjà en nombre dans les océans. Il y a donc vraiment lieu d’investiguer dans ce domaine.

Dans le même temps, des recherches émergent pour développer des systèmes qui permettront soit de réduire, soit de capter les émissions que produisent les systèmes de freinage. La Commission européenne se penche depuis peu sur ces questions et encourage la recherche en la matière. On peut donc légitimement penser qu’elle entend légiférer sur ces sujets qui, pour l’heure, ne font l’objet d’aucune réglementation.